Le sociologue Fabrice Desplan propose, avec « Des cultures à la méta culture évangélique », une analyse accessible pour penser et faire progresser l’interculturalité au sein des Églises.
Le sociologue Fabrice Desplan, à la tête du cabinet SAEXFO (1), est l’auteur d’un ouvrage aussi précieux que commode d’utilisation. Avec Des cultures à la méta culture évangélique – Pour une relation dynamique entre traditions et vie ecclésiale (2024, ed BoB, 126p), il nous nous propose un outil d’analyse permettant de faire avancer, dans les Églises, la dimension de l’interculturalité.
Après un avant-propos dans lequel Fabrice Desplan explique la genèse de l’ouvrage, issue d’une rencontre de la Fédération France Sud des églises adventistes du septième jour en 2021, des réflexions épistémologiques et méthodologiques traitent de l’enjeu de « s’interroger sur la culture » (p. 11 à 15). Six rubriques déroulent ensuite une analyse pédagogique et pratique, invitant les communautés à s’emparer des outils et réflexions pour avancer sur le chemin d’une communion interculturelle.
Dans une première partie intitulée « Définir la culture : enjeux et fonctionnalités » (p.17 à 30), l’auteur passe en revue de grands auteurs pour préciser la notion de culture : mettant en garde contre un certain ethnocentrisme véhiculé par Auguste Comte, mais aussi contre une vision trop déterministe de la culture, qu’une lecture de Durkheim pourrait nourrir, Fabrice Desplan pointe le caractère créatif de la culture, qui ne se réduit pas à un cadre rigide. Il souligne aussi que l’action rationnelle s’inscrit dans des relations sociales, moteurs de la fabrique culturelle, sur la base des quatre formes de rationalité définies par Max Weber : la rationalité instrumentale, la rationalité en valeur, la rationalité traditionnelle et la rationalité émotionnelle.
La culture, un ensemble dynamique
La seconde partie du livre de Fabrice Desplan pointe « le pouvoir de la culture dans la relation à soi et au monde » (p. 31 à 50). Elle évoque d’abord la thèse diffusionniste, à la source du culturalisme, qui défend l’idée de la culture comme d’un moule, d’un pattern qui détermine notre personnalité de base, notamment, par exemple, dans notre rapport à la maladie. Mais l’auteur relativise cette approche en observant que « la culture n’est pas l’unique variable explicative des comportements » (p.46). Institutions, choix collectifs, options personnelles jouent aussi. En d’autres termes, la culture n’est pas un fermoir (mécanisme qui ferme), mais un répertoire (dispositif pluriel dans lequel on puise). D’où l’ouverture sur sur une analyse de la culture comme « un ensemble dynamique » (p. 51 à 60).
S’appuyant notamment sur Berger et Luckman, l’auteur montre que la socialisation primaire, durant l’enfance, n’est (généralement) pas un formatage implacable. Une renégociation peut s’opérer, car l’individu est capable de changements, comme l’illustre, en milieu religieux, l’exemple de la conversion. Ce qui conduit Fabrice Desplan, dans une quatrième partie, à étudier les différentes composantes de la culture (p. 61 à 84). Elle est nourrie de croyances et mythes, rôles et statuts, normes et valeurs.
La culture s’appuie aussi sur un contrôle social, défini comme « l’ensemble des processus qui permet de réguler les comportements pour obtenir une acceptation des valeurs et une soumission aux normes » (p.67). Ce qui soulève l’enjeu de la déviance (Howard Becker) et de l’étiquetage culturel et social. Avec l’importance de ne pas enfermer l’individu dans une « identité de façade », ouvrant dès lors la focale sur les relations sociales et culturelles dans les Églises.
Rapport à la diversité des cultures : quatre notions clés
La cinquième partie du livre est intitulée « Du multiculturalisme au transculturel ecclésial » (p.85 à 102). C’est la plus significative, par les outils et la typologie qu’elle propose pour décrypter les dynamiques culturelles à l’œuvre dans les paroisses et communautés.
Fabrice Desplan définit successivement quatre notions clés : pluriculturalité, multiculturalisme, interculturalité, et transculturalisme.

Par pluriculturalisme, l’auteur entend un mode d’organisation de la société marqué par la diversité empirique des cultures, les emprunts mutuels sur un mode utilitariste, permettant en principe, par le bas, une « égalisation des cultures ». Mais cette dernière, à bien des égards, apparaît comme un mythe.
D’où l’option du multiculturalisme, qui diffère de la première notion par une politique volontariste de valorisation de la diversité culturelle. L’État, en contexte multiculturel, va lutter contre les discriminations, promouvoir l’inclusion, et soutenir la coexistence…. Mais au risque d’assigner les individus à une appartenance culturelle.
C’est là qu’intervient la troisième notion, l’interculturalité. Celle-ci « se veut une réponse aux limites du multiculturalisme » (p.90). Elle valorise l’échange entre les cultures, sans naïveté devant « l’existence d’une hiérarchisation sociale et économique qui discrimine ».
Le transculturalisme, enfin, vise à transcender les ancrages culturels premiers dans « une nouvelle culture qui assume divers héritages culturels » (p.91). Autant de notions qui se prêtent à des prolongements ecclésiologiques. Deux caps, en particulier, sont mis en avant : d’une part la communion transculturelle, qui vise notamment à dépasser « les immobilismes basés sur la tradition » (p.98), et la gouvernance transculturelle, « c’est-à-dire, l’intégration dans le management de responsables compétents de cultures différentes » (p.99).
Avant une passionnante étude de cas centrée sur l’adventisme en France (2), proposée en annexe (p.109 à 122), l’auteur ouvre des pistes dans l’épilogue (p.103 à 108). Face aux logiques néolibérales de fragmentation, ou aux crispations identitaires, il plaide pour une « ecclésiologie durable et responsable », loin de l’ethnocentrisme, du déterminisme culturel ou de l’indifférence. Nul doute que ce livre stimulant, fait pour être utilisé et discuté en groupe, apportera sa contribution !
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(2) Dont Fabrice Desplan est un spécialiste. Lire notamment Regards croisés sur l’Eglise Adventiste du septième jour, ed. V&S, 2016.