{"id":802,"date":"2021-02-18T22:28:09","date_gmt":"2021-02-18T22:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=802"},"modified":"2021-02-18T22:30:27","modified_gmt":"2021-02-18T22:30:27","slug":"annees-1960-mahalia-jackson-france-et-droits-civiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=802","title":{"rendered":"Ann\u00e9es 1960, Mahalia Jackson, France et droits civiques"},"content":{"rendered":"<p><em>Mahalia Jackson revient en France \u00e0 trois reprises \u00e0 la rencontre du public, en 1961, 1968 et 1969, non seulement comme chanteuse d&rsquo;exception, mais comme ambassadrice de l&rsquo;\u00e9mancipation des noirs am\u00e9ricains.<\/em><\/p>\n<p><strong>Durant les ann\u00e9es 1960, la \u00ab reine du Gospel \u00bb, Mahalia Jackson, a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une nouvelle dimension. En premi\u00e8re ligne du combat des Droits civiques port\u00e9 en particulier par Martin Luther King Jr, elle est accueillie plus que jamais \u00e0 bras ouverts.<\/strong><\/p>\n<p><em>Quatri\u00e8me volet (4\/4) de la s\u00e9rie<\/em> Mahalia Jackson et la France<\/p>\n<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre rendue en France en 1952, la chanteuse de Gospel Mahalia Jackson a accompagn\u00e9, avec une fid\u00e9lit\u00e9 jamais d\u00e9mentie, les combats des Droits Civiques aux Etats-Unis. Amie proche du pasteur Martin Luther King Jr, elle apporte une aide musicale, financi\u00e8re, m\u00e9diatique aux militants noirs et met en pratique, dans l\u2019actualit\u00e9 am\u00e9ricaine, ce qu\u2019elle chante. Elle contribue \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019une grande esp\u00e9rance, celle de la fin de la s\u00e9gr\u00e9gation scolaire, sociale, spatiale aux Etats-Unis. C\u2019est elle qui chante, juste avant le discours de Martin Luther King Jr \u00e0 Washington, le 28 ao\u00fbt 1963, devant le Lincoln Memorial. Et lorsque le Dr King, qui lui succ\u00e8de au micro, para\u00eet d\u00e9river vers un registre trop convenu, c\u2019est elle qui l\u2019interpelle, et lui crie : \u00ab Tell them about the dream, Martin ! \u00bb (Parle-leur du r\u00eave, Martin!). Il ne reste alors que six minutes de discours disponibles pour le pr\u00e9dicateur.<\/p>\n<p>C\u2019est apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ainsi apostroph\u00e9 que Martin Luther King Jr, se d\u00e9tachant de ses notes \u00e0 l\u2019invitation de son amie Mahalia Jackson, se lan\u00e7a dans sa c\u00e9l\u00e9brissime exhortation \u00ab Je fais un r\u00eave \u00bb, \u00ab I have a dream \u00bb[1]. Cette portion de discours, non \u00e9crite \u00e0 l\u2019avance, est rest\u00e9e dans l\u2019histoire comme l\u2019un des plus grands plaidoyers pour la fraternit\u00e9. C\u2019est encore Mahalia Jackson qui chante aux fun\u00e9railles du pasteur, assassin\u00e9 le 4 avril 1968 \u00e0 Memphis. Nathalie Lacube, dans La Croix, \u00e9crit r\u00e9trospectivement cet hommage vibrant : \u00ab Elle \u00e9tait blanchisseuse \u00e0 la Nouvelle-Orl\u00e9ans et chantait dans la chorale de son \u00e9glise baptiste o\u00f9 pr\u00eachait son p\u00e8re. Devenue la \u00ab reine du gospel \u00bb par la gr\u00e2ce d\u2019une voix sans \u00e9gale, elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019amie de Duke Ellington et Martin Luther King, que son chant a accompagn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 son enterrement \u00bb. Elle \u00e9voque ensuite l\u2019ann\u00e9e 1961, \u00ab qu\u2019elle commen\u00e7a en chantant pour l\u2019intronisation du pr\u00e9sident Kennedy, avant d\u2019aller triompher sur les sc\u00e8nes europ\u00e9ennes, et de donner \u00e0 l\u2019Olympia le 25 f\u00e9vrier, un concert dont Paris se souvient encore \u00bb. 1961 marque en effet sa seconde tourn\u00e9e europ\u00e9enne, neuf ans apr\u00e8s la tourn\u00e9e abr\u00e9g\u00e9e de 1952, qui l\u2019avait vue se produire salle Pleyel.<\/p>\n<p>C\u2019est cette fois-ci la salle de l\u2019Olympia qui accueille Mahalia Jackson, toujours accompagn\u00e9e de sa fid\u00e8le Midred Falls. Malgre\u0301 un piano le\u0301ge\u0300rement de\u0301faillant, sa voix puissante, charge\u0301e d\u2019e\u0301motion, fait mouche. La foule lui fait un triomphe, Hugues Panassi\u00e9, Billy Strayhorn -arrangeur de Duke Ellington-, le jazzman Mezz Mezzrow ne sont pas les derniers \u00e0 la f\u00e9liciter. Un mois et demi plus tard, lectrices et lecteurs francophones la retrouvent en couverture de Jazz Magazine (n\u00b069, avril 1961). Puis dans la revue Jazz Hot (n\u00b0166, juin 1961), Jean Tronchot observe, au sujet de son concert \u00e0 l\u2019Olympia : \u00ab Ici, le terme de \u00ab message \u00bb, si galvaud\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, prend tout son sens : Mahalia se veut ap\u00f4tre avant d\u2019\u00eatre artiste \u00bb. Son nom, d\u00e9sormais, n\u2019\u00e9voque plus seulement le Gospel et les Spirituals : on la reconna\u00eet pour ap\u00f4tre ou ambassadrice du combat alors men\u00e9, outre-Atlantique, pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre les noirs et les blancs.<\/p>\n<p>Il faut attendre 1968 pour que le public fran\u00e7ais puisse \u00e0 nouveau \u00e9couter sa voix sans pareille. L\u2019attente est longue, mais en valait la peine. Au 9e festival d\u2019Antibes \/ Juan les pins, le 25 juillet 1968, Mahalia Jackson gratifie ses auditeurs d\u2019un concert exceptionnel de pr\u00e8s de trois heures, qui reste dans les annales.  Elle est fid\u00e8le \u00e0 son r\u00e9pertoire centr\u00e9 sur la musique Gospel, dont les paroles sont travers\u00e9es de part en part par le r\u00e9fentiel biblique. Elle chante notamment le classique The Lord will make a way somehow (Dieu ouvrira un chemin), qui renvoie non seulement \u00e0 la geste biblique de la sortie d\u2019Egypte, mais aussi \u00e0 la fin de l\u2019esclavage puis \u00e0 la conqu\u00eate des droits civiques. Elle sait plus que jamais exprimer une gamme d\u2019\u00e9motion qui fait rimer joie et foi, sans mi\u00e8vrerie ni artifice. C\u2019est ce qu\u2019exprimera tr\u00e8s bien, des ann\u00e9es plus tard,  le musicologue Christian Goubault (1938-2008) : \u00ab La joie profane peut aussi animer la foi religieuse. l\u2019un des meilleurs exemples est le \u2018Gospel\u2019, admirable rencontre du choral des \u00e9glises r\u00e9form\u00e9es d\u2019origine europ\u00e9enne et du rythme ancestral africain qui transfigura une religion. Si les \u2018Nego Spirituals\u2019 expriment plut\u00f4t la profondeur de la souffrance humaine, la musique des Gospels est tr\u00e8s souvent joyeuse et tr\u00e8s rythm\u00e9e. La c\u00e9l\u00e8bre chanteuse Mahalia Jackson affirmait que les Gospels, renouant ainsi avec l\u2019Eglise primitive, \u00e9taient tout \u00e0 fait dignes du Psaume 71 de David : \u00ab je te louerai au son du luth, je chanterai ta fid\u00e9lit\u00e9, mon Dieu, je te c\u00e9l\u00e9brerai avec la harpe, Saint d\u2019Isra\u00ebl ! En te c\u00e9l\u00e9brant, j\u2019aurai la joie sur les l\u00e8vres, la joie dans mon \u00e2me que tu as d\u00e9livr\u00e9e \u00bb[2].<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, la revoici \u00e0 \u00e0 Paris \u00e0 la salle Pleyel, fin juin 1969. Dans les colonnes du quotidien Le Monde, Lucien Malson fait remarquer que la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration conna\u00eet d\u00e9sormais mieux le r\u00e9pertoire d\u2019Aretha Franklin que celui de la doyenne du Gospel. Il observe qu\u2019 \u00ab elle n\u2019\u00e9prouve pas le d\u00e9sir de solliciter les d\u00e9sormais communes ressources de l\u2019\u00e9lectronique qui donnent cette couleur sonore que l\u2019oreille contemporaine esp\u00e8re et attend. Mais il faut savoir \u00e9couter, reconna\u00eetre l\u2019essence par-del\u00e0 l\u2019accident et percevoir dans l\u2019extatique Didn\u2019it rain (l\u2019une des meilleures interpr\u00e9tations du r\u00e9cital) la source non encore tarie de la musique populaire d\u2019aujourd\u2019hui \u00bb[3].<\/p>\n<p>La francophonie protestante, de son c\u00f4t\u00e9, lui a-t-elle r\u00e9serv\u00e9 un accueil \u00e0 la mesure de son immense talent, bient\u00f4t objet d\u2019un biopic sur Netflix[4] ? C\u2019est beaucoup dire. Mais la \u00ab vedette \u00bb Mahalia Jackson est fort appr\u00e9ci\u00e9e des protestants fran\u00e7ais, comme en t\u00e9moigne cet article de l\u2019hebdomadaire de l\u2019Arm\u00e9e du Salut, En Avant, qui publie un article \u00e0 l\u2019occasion de la sortie de l\u2019autobiographie de la chanteuse, en septembre 1969. On souligne la foi de Mahalia Jackson, mais aussi son humilit\u00e9 et sa t\u00e9nacit\u00e9, face \u00ab au probl\u00e8me racial \u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est \u00e0 l\u2019Eglise baptiste qu\u2019elle commen\u00e7a \u00e0 chanter. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle apprit ses fameux \u00ab gospelsongs \u00bb. C\u2019est l\u00e0, et ainsi, qu\u2019elle choisit de t\u00e9moigner de sa foi en Dieu et en J\u00e9sus-Christ. Elle a rencontr\u00e9 bon nombre de hautes personnalit\u00e9s. Mais comme elle le dit dans un livre qui retrace sa vie et dans lequel elle aborde le probl\u00e8me racial dont elle a tant souffert, ceux qui l\u2019ont le plus impressionn\u00e9e sont John F. Kennedy et surtout Martin Luther King. Malgr\u00e9 son succ\u00e8s, l\u2019argent, la gloire, Mahalia Jackson a r\u00e9ussi \u00e0 rester elle-m\u00eame. C\u2019est sans doute son plus grand exploit. \u00bb[5]<\/p>\n<p>Un encart, aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019article de En Avant, ajoute un citation de Mahalia Jackson. Elle reprend le message de non-violence de Martin Luther King Jr \u00e0 partir d\u2019un ancrage biblique qui conserve son actualit\u00e9, face \u00e0 toutes les col\u00e8res et tentations r\u00e9pressives ou s\u00e9paratistes : \u00ab Celui qui se pr\u00e9tend chr\u00e9tien n\u2019a pas le droit de se r\u00e9fugier dans la violence. Les forts en esprit doivent supporter les d\u00e9fauts des faibles. C\u2019est l\u2019enseignement de la Bible \u00bb.[6]<\/p>\n<p>[1] Garry Dorrien, <em>Breaking White Supremacy, Martin Luther King Jr and the Black Social Gospel<\/em>, Yale University Press, 2018 p.370.<\/p>\n<p>[2] Christian Goubault, \u00ab L\u2019isle joyeuse \u00bb, <em>Pr\u00e9cis analytique des travaux de l\u2019acad\u00e9mie des sciences<\/em>, belles-lettres et arts de Rouen, 1992-93, ed. Lecerf, Rouen, 1995, p.58.<\/p>\n<p>[3] Lucien Malson, \u00ab Mahalia Jackson \u00e0 Pleyel \u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 28 juin 1969.<\/p>\n<p>[4] Le film Netflix, intitul\u00e9 Mahalia\u2009!, sera produit par Queen Latifah et Jamie Foxx. Jill Scott, chanteuse de jazz et actrice de la s\u00e9rie Netflix Black Lighting, pr\u00eatera ses traits \u00e0 la chanteuse.<\/p>\n<p>[5] Alba, \u00ab Une grande vedette \u00bb, hebdo <em>En Avant<\/em>, 27 septembre 1969, p.8.<\/p>\n<p>[6] Mahalia Jackson, Encart : \u00ab pens\u00e9e \u00bb, hebdo <em>En Avant<\/em>, 27 septembre 1969, p.8.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-Jackson-1961.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-Jackson-1961.png\" alt=\"Mahalia-Jackson-1961\" width=\"400\" height=\"493\" class=\"alignnone size-full wp-image-805\" srcset=\"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-Jackson-1961.png 400w, https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-Jackson-1961-243x300.png 243w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-avril-1961.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-avril-1961.png\" alt=\"Mahalia-avril-1961\" width=\"400\" height=\"532\" class=\"alignnone size-full wp-image-804\" srcset=\"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-avril-1961.png 400w, https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Mahalia-avril-1961-225x300.png 225w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mahalia Jackson revient en France \u00e0 trois reprises \u00e0 la rencontre du public, en 1961, 1968 et 1969, non seulement comme chanteuse d&rsquo;exception, mais comme ambassadrice de l&rsquo;\u00e9mancipation des noirs am\u00e9ricains. 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