{"id":789,"date":"2021-02-16T09:53:38","date_gmt":"2021-02-16T09:53:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=789"},"modified":"2021-02-18T09:58:21","modified_gmt":"2021-02-18T09:58:21","slug":"mahalia-jackson-du-gospel-a-la-salle-pleyel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=789","title":{"rendered":"Mahalia Jackson : du Gospel \u00e0 la salle Pleyel"},"content":{"rendered":"<p>A l&rsquo;automne 1952, le public parisien l&rsquo;attend, avec pour \u00e9crin, la salle Pleyel. Deuxi\u00e8me volet (2\/4) de la s\u00e9rie Mahalia Jackson et la France.<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 approch\u00e9e par le musicologue et critique fran\u00e7ais Hugues Panassi\u00e9, la chanteuse de Gospel Mahalia Jackson (1911-1972), prim\u00e9e par le Grand Prix du disque Charles Cros, se d\u00e9cide \u00e0 venir en Europe, et \u00e0 se produire en France. <\/strong><\/p>\n<p><em>Deuxi\u00e8me volet (2\/4) de la s\u00e9rie Mahalia Jackson et la France<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est entour\u00e9e d\u2019une petite \u00e9quipe soud\u00e9e que Mahalia Jackson arrive en France \u00e0 l\u2019automne 1952. Contrari\u00e9e par une angine, elle vient finalement en avion pour se donner le temps de r\u00e9cup\u00e9rer. En attendant, Mildred Falls accoste au Havre, arriv\u00e9e par le transatlantique S.S. United States. Mildred Falls n\u2019est autre que la fid\u00e8le accompagnatrice au piano de Mahalia. En tant que telle, elle re\u00e7oit un accueil chaleureux. Odile M\u00e9tayer, du Hot Club de France, lui offre un grand bouquet de fleurs de bienvenue de la part d\u2019Hugues Panassi\u00e9, devant des photographes de presse. C\u2019est ensuite au tour de Mahalia Jackson d\u2019atterrir en France \u00e0 l\u2019a\u00e9roport d\u2019Orly o\u00f9 l\u2019attendent journalistes, curieux, admirateurs et\u2026. plusieurs musiciens de renom. Dans la joyeuse cohue qui accompagne sa sortie de l\u2019a\u00e9roport, elle s\u2019agrippe un moment \u00e0 deux hommes, qui s\u2019av\u00e8rent \u00eatre les jazzmen Milton Mezzrow et Charles Delaunay. Ce qu\u2019ignore Mahalia, c\u2019est que les deux artistes appartiennent \u00e0 deux \u00e9coles oppos\u00e9es du jazz, et ne se parlent pas. Mais les voici soudain reli\u00e9s, via Mahalia Jackson. La sc\u00e8ne, qui augure d\u2019une r\u00e9conciliation entre les deux musiciens, est immortalis\u00e9e par les journalistes qui, avides de formules, la d\u00e9peignent comme \u00ab ange de la paix \u00bb (1). Hugues Panassi\u00e9, \u00e0 l\u2019origine de la venue de Mahalia en France, est alors encore dans le Sud de la France. Il ne tarde pas \u00e0 revenir \u00e0 Paris o\u00f9 il accueille la chanteuse avec \u00e9gard, et assiste avec passion aux concerts des 25 et 26 octobre 1952, en salle Pleyel (2).<\/p>\n<p>Avant l\u2019\u00e9v\u00e9nement programm\u00e9, Mahalia Jackson et Midred Falls d\u00e9couvrent Paris, appr\u00e9cient de pouvoir \u00eatre servies partout, commander ce qu\u2019elles veulent\u2026. mais souffrent de ne pas pouvoir parler un mot de fran\u00e7ais. Install\u00e9es \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Ambassadeurs, Boulevard Haussmann, elles inspectent en avance la salle Pleyel, o\u00f9 Midred Falls pr\u00eate une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019orgue, consacrant du temps aux r\u00e9p\u00e9titions n\u00e9cessaires. Finalement, le grand jour arrivant, devant une salle Pleyel pleine, Mahalia Jackson se pr\u00e9pare, mais la sant\u00e9 d\u00e9faille. Elle a chaud, la gorge serr\u00e9e, f\u00e9brile. Que faire ? En fervente protestante, impr\u00e9gn\u00e9e par la lecture des psaumes, elle demande alors \u00e0 un proche collaborateur, Harry Lenetska, de lui lire le Psaume 27. Sa biographe rapporte qu\u2019elle en \u00e9couta les versets comme si elle les d\u00e9couvrait. \u00ab Le Seigneur est ma lumi\u00e8re et mon salut. De qui aurais-je crainte ? \u00bb Mahalia Jackson, \u00e0 l\u2019\u00e9coute des versets bibliques, interrompt la lecture et aurait d\u00e9clar\u00e9, les yeux brillants : \u00ab je suis gu\u00e9rie !  \u00bb Elle n\u2019en a pas moins toujours la fi\u00e8vre, mais forte de cette foi qui la porte, elle s\u2019avance sur sc\u00e8ne\u2026. et le r\u00e9cital a bien lieu, devant une salle quasi pleine. La voix puissante et modul\u00e9e de l\u2019artiste, accompagn\u00e9e de gestes expressifs, invite les auditeurs \u00e0 un voyage in\u00e9dit au rythme des Gospels et des Spirituals qui s\u2019encha\u00eenent. L\u2019organiste fran\u00e7ais charg\u00e9 de suivre le lead de Mildred Halls s\u2019acquitte bien de sa t\u00e2che. Quant \u00e0 Mahalia, les difficult\u00e9s de sant\u00e9 sont oubli\u00e9es. Sa performance est digne de sa r\u00e9putation. Elle bouleverse la salle. <\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s le jazz et le blues, le Gospel conquiert le haut de l\u2019affiche<\/strong><\/p>\n<p>Une fois le concert termin\u00e9, Mahalia Jackson s\u2019\u00e9croule dans sa loge, mais re\u00e7oit les hommages de Hugues Panassi\u00e9, enthousiaste. La nuit suivante r\u00e9p\u00e8te le sc\u00e9nario. Mahalia Jackson brille, puis s\u2019effondre en coulisse. Elle a cependant la force de boire une coupe de champagne, devant un g\u00e2teau d\u2019anniversaire offert pour ses 41 ans. Elle part ensuite \u00e0 Lyon, puis Bordeaux, o\u00f9 Mahalia remarque que le public parvient \u00e0 battre des mains en suivant bien le rythme. La tourn\u00e9e fran\u00e7aise l\u2019enchante et l\u2019\u00e9puise \u00e0 la fois. La voil\u00e0 qui perd du poids. Les Fran\u00e7aises et Fran\u00e7ais qui l\u2019ont \u00e9cout\u00e9e ignorent ces difficult\u00e9s physiques. Pour le public, les performances de la chanteuse Gospel sont une grande d\u00e9couverte. Hugues Panassi\u00e9 l\u2019inscrit dans l\u2019histoire de la diffusion des musiques noires en France : \u00ab Chose curieuse, le jazz fut connu en France bien avant les chants populaires noirs qui lui donn\u00e8rent naissance. C\u2019est seulement en 1950 qu\u2019on entendit chez nous un grand chanteur de blues, Big Bill Broonzy. Et c\u2019est seulement le mois dernier que les Fran\u00e7ais ont pu entendre une grande chanteuse de spirituals, Mahalia Jackson. Certes, nous connaissions d\u00e9j\u00e0 Marian Anderson. Mais cette derni\u00e8re, quelle que soient ses qualit\u00e9s, n\u2019est pas une vraie chanteuse de \u00ab spirituals \u00bb car elle a adopt\u00e9 la technique vocale en usage chez les blancs \u00bb (3). <\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa tourn\u00e9e fran\u00e7aise, Mahalia Jackson poursuit par un s\u00e9jour \u00e0 Londres, o\u00f9 elle atterrit dans la nuit du 5 novembre 1952. Mais ses soucis de sant\u00e9 la rattrapent. Atteinte d\u2019une pathologie cardiaque et inflammatoire (sarcoidose) et de douleurs abdominales qui la font beaucoup souffrir, elle devra \u00e9courter et mettre fin pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 sa tourn\u00e9e, et repartir aux Etats-Unis. Non sans avoir marqu\u00e9 les esprits, et excit\u00e9 l\u2019imagination et la curiosit\u00e9 d\u2019une presse fran\u00e7aise tr\u00e8s impressionn\u00e9e par la foi exprim\u00e9e par la chanteuse. <\/p>\n<p><em>A suivre\u2026<\/em><\/p>\n<p>(1) Le r\u00e9cit de la premi\u00e8re tourn\u00e9e fran\u00e7aise de Mahalia Jackson est rapport\u00e9 en d\u00e9tail dans Laurraine Goreau, <em>Just Mahalia, Baby, The Mahalia Jackson Story<\/em>, Pelican, 1984, p.162 \u00e0 165.<br \/>\n(2) Quant au concert \u00e0 l&rsquo;Olympia, il a lieu en 1961 (et non pas en 1952 comme indiqu\u00e9 dans le livre S.Fath, <em>Gospel et francophonie<\/em>; l&rsquo;erreur -interpolation entre les concerts de la salle Pleyel et de l&rsquo;Olympia- sera corrig\u00e9e dans une prochaine \u00e9dition du livre).<br \/>\n(3)Hugues Panassi\u00e9, \u00ab\u00a0Mahalia Jackson\u00a0\u00bb, journal du jazz, <em>Paris Presse L&rsquo;intransigeant<\/em>, mercredi 12 novembre 1952, p.2<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;automne 1952, le public parisien l&rsquo;attend, avec pour \u00e9crin, la salle Pleyel. 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