{"id":785,"date":"2021-02-15T09:42:02","date_gmt":"2021-02-15T09:42:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=785"},"modified":"2021-02-17T09:57:32","modified_gmt":"2021-02-17T09:57:32","slug":"785","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=785","title":{"rendered":"Quand la France appelle Mahalia Jackson"},"content":{"rendered":"<p><em>La \u00ab reine du Gospel \u00bb \u00e9tait aussi une protestante baptiste tr\u00e8s fervente. Sa foi a marqu\u00e9 son art, sa carri\u00e8re, sa vie. Son \u0153uvre et ses voyages en France ont impact\u00e9 la francophonie.<\/em><\/p>\n<p><strong>La chanteuse noire am\u00e9ricaine Mahalia Jackson, aux 35 albums enregistr\u00e9s, n\u2019est pas seulement consid\u00e9r\u00e9e universellement comme la \u00ab reine du Gospel \u00bb. Elle \u00e9tait aussi une protestante baptiste \u00e0 la r\u00e9putation de grande pi\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. <\/strong><\/p>\n<p>Premier volet (1\/4) de la s\u00e9rie Mahalia Jackson et la France<\/p>\n<p>N\u00e9e le 26 octobre 1911 \u00e0 la Nouvelle Orl\u00e9ans (Louisiane, Etats-Unis) dans une famille nombreuse, Mahalia Jackson grandit dans un milieu social pauvre et r\u00e9silient, marqu\u00e9 par la s\u00e9gr\u00e9gation. Elle perd sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 5 ans. Elev\u00e9e par ses tantes, habitu\u00e9e des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res et d\u2019une vie \u00ab \u00e0 la dure \u00bb, elle se signale tr\u00e8s t\u00f4t par une voix d\u2019excellence, qu\u2019elle exerce dans la chorale de la Plymouth Rock Baptist Church de la Nouvelle Orl\u00e9ans. Elle d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 16 ans, avec les siens, \u00e0 Chicago (Illinois). Nous sommes en 1927, deux ans avant la Grande D\u00e9pression. Elle travaille comme domestique, puis cr\u00e9e une boutique de cosm\u00e9tiques, tout en rejoignant la chorale de la Greater Salem Baptist Church de la ville.<\/p>\n<p>Femme, noire, pauvre, elle vit sous les feux crois\u00e9s d\u2019une triple domination genr\u00e9e, raciste et classiste : un cas d\u2019\u00e9cole pour ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui l\u2019histoire intersectionnelle ! La jeune femme n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019endosser les habits de victime auxquels des regards ext\u00e9rieurs voudraient l\u2019assigner. Disciplin\u00e9e, volontaire, elle travaille dur et d\u00e9veloppe ses talents vocaux, qui font mouche. La voil\u00e0 bient\u00f4t soliste. Au cours des ann\u00e9es 1930, dans une Am\u00e9rique travers\u00e9e par une crise sociale sans pr\u00e9c\u00e9dent, elle se produit dans de nombreuses Eglises noires, chantant l\u2019esp\u00e9rance chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Elle se fait remarquer par le compositeur Thomas A. Dorsey (1899-1993), parfois consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab p\u00e8re de la musique Gospel \u00bb. Ce dernier la prend sous son aile, compose pour elle, l\u2019accompagne au piano durant plus de 10 ans, et entreprend de la promouvoir, \u00e0 la mesure du talent vocal exceptionnel de Mahalia Jackson. Il \u00e9crit notamment pour elle Take my Hand, Precious Lord, qui devint plus tard la chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du pasteur Martin-Luther King. En 1947, ann\u00e9e o\u00f9 elle signe avec le label Apollo, elle se produit comme premi\u00e8re soliste \u00e0 la National Baptist Convention. Tent\u00e9e par une carri\u00e8re \u00ab s\u00e9culi\u00e8re \u00bb, elle refuse les sir\u00e8nes d\u2019un succ\u00e8s facile, ce que son biographe r\u00e9sume par cette expression qui la caract\u00e9rise : une \u00ab pieuse int\u00e9grit\u00e9 \u00bb[1]. Fervente chr\u00e9tienne, protestante, baptiste, elle entend chanter pour Dieu, seulement pour Dieu. La Bible est son r\u00e9pertoire privil\u00e9gi\u00e9, et son milieu porteur est celui du protestantisme \u00e9vang\u00e9lique des Black Churches, travers\u00e9 par les luttes pour l\u2019\u00e9mancipation et l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>En 1948, son disque \u00ab Move On Up A Little Higher \u00bb popularise, comme jamais auparavant, la musique Gospel. On s\u2019arrache cet enregistrement. Il est si convoit\u00e9 que les magasins ne parviennent pas \u00e0 suivre la demande. Huit millions de copies du disque circulent et Mahalia Jackson bascule du rang de vedette de la musique d\u2019Eglise \u00e0 celui de star internationale, invit\u00e9e dans les salles les plus prestigieuses.<\/p>\n<p><strong>1949 : rencontre d\u00e9cisive avec Hugues Panassi\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est en mars 1949 que sa trajectoire ascendante rencontre la France, via la figure de Hugues Panassi\u00e9 (1912-1974). Pr\u00e9sident cofondateur du Hot club de France[2], immense sp\u00e9cialiste du jazz et critique musical avis\u00e9, Hugues Panassi\u00e9, accompagn\u00e9 de Madeleine Gauthier et de son ami le jazzman Mezz Mezzrow, d\u00e9couvre Mahalia Jackson \u00e0 New York. L\u2019audition, dans les locaux du label Apollo, le bouleverse. Et pourtant, l\u2019affaire de Panassi\u00e9, c\u2019est le jazz, pas le gospel ! Mais la qualit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation, l\u2019intensit\u00e9 \u00e9motionnelle exprim\u00e9e et l\u2019authenticit\u00e9 de la performance conduisent Panassi\u00e9 \u00e0 ouvrir \u00e0 Mahalia Jackson les horizons du public fran\u00e7ais. Charles Delaunay, autre figure fondatrice du Hot Club de France, joue aussi un r\u00f4le, plus discret et ind\u00e9pendant de celui de Panassi\u00e9, dans la popularisation du r\u00e9pertoire Gospel de Mahalia Jackson en France[3].<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 son prestige et son influence, Panassi\u00e9 fait diffuser Mahalia Jackson dans les \u00e9missions hebdomadaires de l\u2019ORTF (radio t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise). Quelques mois plus tard, il consacre \u00e0 Mahalia Jackson un article \u00e9logieux dans le n\u00b010\/1949 de La revue du Jazz, o\u00f9 la chanteuse de Gospel appara\u00eet en couverture[4]. C\u2019est une sensation.  D\u00e8s lors, \u00ab Mahalia avait son premier public enti\u00e8rement blanc \u00bb, et francophone de surcro\u00eet, souligne une autre de ses biographes, Laurraine Goreau[5].  Le public fran\u00e7ais, depuis longtemps amateur de \u00ab musique noire \u00bb (Spirituals, Jazz, Blues), s\u2019attache \u00e0 cette musique Gospel \u00e0 nulle autre pareille. En mars 1951, la prestigieuse Acad\u00e9mie Charles Gros lui d\u00e9cerne le Grand Prix du Disque pour le chant \u00ab I can put my trust in Jesus \u00bb \/ \u00ab Let the Power of the Holy Spirit Fall on me \u00bb. Cette reconnaissance majeure aupr\u00e8s du public fran\u00e7ais et francophone ouvrait la voix \u00e0 une nouvelle \u00e9tape: la venue de la cantatrice en France.<\/p>\n<p>A suivre\u2026<\/p>\n<p>[1] Mark Burford, \u00ab Devout integrity \u00bb, in <em>Mahalia Jackson and the Black Gospel Field<\/em>, Oxford University Press, 2018, p.27.<\/p>\n<p>[2] Brillant connaisseur de la musique noire am\u00e9ricaine, Hugues Panassi\u00e9 fonde le Hot club de France d\u00e8s 1932, et publie deux ans plus tard Le Jazz hot, ed Corr\u00e9a, 1934, pr\u00e9fac\u00e9 par Louis Armstrong.<\/p>\n<p>[3] Mark Burford, op. cit., p.173.<\/p>\n<p>[4] <em>La Revue du Jazz<\/em>, n\u00b010, d\u00e9cembre 1949. Cette revue, fond\u00e9e par le Hot Club de France, est parue entre 1929 et 1952.<\/p>\n<p>[5] Laurraine Goreau, <em>Just Mahalia, Baby, The Mahalia Jackson Story<\/em>, Pelican, 1984, p.125.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La \u00ab reine du Gospel \u00bb \u00e9tait aussi une protestante baptiste tr\u00e8s fervente. Sa foi a marqu\u00e9 son art, sa carri\u00e8re, sa vie. Son \u0153uvre et ses voyages en France ont impact\u00e9 la francophonie. 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