{"id":676,"date":"2019-01-01T08:40:51","date_gmt":"2019-01-01T08:40:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=676"},"modified":"2019-01-05T08:43:33","modified_gmt":"2019-01-05T08:43:33","slug":"quels-liens-entre-francophonie-et-lusophonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=676","title":{"rendered":"Quels liens entre francophonie et lusophonie ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Cinq questions \u00e0 Denise Goulart, chercheuse br\u00e9silienne install\u00e9e en France. Elle \u00e9voque les liens entre francophonie et lusophonie, notamment sur l&rsquo;action missionnaire en France et au Br\u00e9sil. <\/em><\/p>\n<p><em>3e volet de notre s\u00e9rie sur le Br\u00e9sil.<\/em><\/p>\n<p>Rattach\u00e9e au laboratoire GSRL \u00e0 Paris, Denise Goulart a consacr\u00e9 sa th\u00e8se de doctorat EPHE \u00e0 une \u00e9tude crois\u00e9e de l\u2019action missionnaire de \u201cJeunesse en Mission\u201d en France et au Br\u00e9sil. Dans un entretien \u00e0 deux volets, elle nous offre un \u00e9clairage sur son parcours, son \u00e9tude sur Jeunesse en Mission, et la comparaison franco-br\u00e9silienne.<\/p>\n<p><strong>Denise Goulart, pouvez-vous vous pr\u00e9senter ?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis Br\u00e9silienne, et je vis en France. J\u2019ai grandi \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de S\u00e3o Paulo. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 mes \u00e9tudes en sciences sociales \u00e0 l\u2019Universidade Estadual Paulista. Je me suis int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude des formes d\u2019expression et d\u2019engagement au sein des organisations religieuses. L\u2019\u00e9mergence des minist\u00e8res parachurch (transversaux aux \u00e9glises) a particuli\u00e8rement attir\u00e9 mon attention.  Cela a d\u00e9bouch\u00e9 sur un m\u00e9moire de master en anthropologie r\u00e9alis\u00e9 en partenariat avec l\u2019Universidade de S\u00e3o Paulo \u2013 USP en 2010. L\u2019\u00e9tude portait sur les actions de l\u2019organisation Youth With a Mission (Jeunesse en Mission) \u00e0 S\u00e3o Paulo. \u00c0 ce moment, je travaillais en tant que tutrice en sociologie et droits humains ainsi que charg\u00e9e de projets sociaux pour le Minist\u00e8re du D\u00e9veloppement Social (MDS).<\/p>\n<p><strong>Avez poursuivi vos recherches par une th\u00e8se ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, mais pas tout de suite. Affect\u00e9e \u00e0 Bras\u00edlia, j\u2019ai travaill\u00e9 pour l\u2019UNESCO dans un service consacr\u00e9 aux personnes \u00e2g\u00e9es. Ce nouvel emploi \u00e9tait tout \u00e0 fait en relation avec l\u2019\u00e9tude du monde religieux. En effet, \u00eatre en charge de l\u2019accompagnement de la qualit\u00e9 des services f\u00e9d\u00e9raux pour les organismes sociaux m\u2019a montr\u00e9 qu\u2019une partie de ces organismes partenaires de l\u2019\u00c9tat, et financ\u00e9s par lui, \u00e9taient d\u2019origine religieuse. De toutes confessions, mais surtout catholiques et protestants. J\u2019ai ainsi repris le chemin acad\u00e9mique pour mieux comprendre les enjeux du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans les actions sociales et l\u2019implication des organisations religieuses dans les soci\u00e9t\u00e9s, avec une perspective comparatiste. C\u2019est dans ce contexte que je me suis install\u00e9e en France, o\u00f9 j\u2019ai pu effectuer  un master professionnel en Action Publique, Action Sociale \u00e0 Nanterre Paris X en 2013, suivi d\u2019un doctorat sous la direction de M. Jean-Paul Willaime \u00e0 l\u2019EPHE, soutenu en 2018[1].<\/p>\n<p><strong>Votre th\u00e8se compare l\u2019\u0153uvre de Jeunesse en Mission en France et au Br\u00e9sil, entre francophonie et lusophonie. Quelles sont les principales diff\u00e9rences?<\/strong><\/p>\n<p>En France, l\u2019implantation de l\u2019organisation \u00e9vang\u00e9lique Jeunesse En Mission (JEM) s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e au moment des \u00e9v\u00e9nements de mai 1968. Au Br\u00e9sil, l\u2019implantation s\u2019est faite \u00e0 partir de 1975, pendant la p\u00e9riode de la dictature militaire et la grande crise \u00e9conomique v\u00e9cue dans les ann\u00e9es 1980, qui a touch\u00e9 aussi d\u2019autres pays d\u2019Am\u00e9rique latine. Dans la plupart de ces pays, les ann\u00e9es 1980 ont \u00e9t\u00e9 synonymes de crise \u00e9conomique et d\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Au Br\u00e9sil cela a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 d\u2019un exode rural tr\u00e8s intense entre les ann\u00e9es 1960 et 1980. Cet exode a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019augmentation du nombre des \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques.<\/p>\n<p>J\u2019ai essay\u00e9 de comprendre comment une organisation telle que JEM, avec son origine am\u00e9ricaine, tourn\u00e9e vers la jeunesse, se manifeste et se comporte sur deux terrains tellement riches socio-culturellement, quelles sont les strat\u00e9gies d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation choisies et quels partenariats sont \u00e9tablis. Je pr\u00e9cise que cette organisation est fortement missionnaire, pros\u00e9lyte, d\u2019origine pentec\u00f4tiste. Elle fait de l\u2019action sociale, s\u2019adapte au contexte la\u00efque, mais sans perdre l\u2019objectif d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation. En prenant en compte la position politique, \u00e9conomique et sociale, les groupes de JEM font l\u2019effort de trouver le chemin le plus adapt\u00e9 pour contribuer \u00e0 \u00ab l\u2019offensive \u00e9vang\u00e9lique \u00bb. JEM tente de recr\u00e9er des solidarit\u00e9s locales affaiblies par une situation \u00e9conomique et sociale d\u00e9grad\u00e9e. Ses groupes apportent des \u00e9l\u00e9ments que le Politique n\u2019est pas toujours en mesure de combler. L\u2019exemple le plus \u00e9vident c\u2019est la fa\u00e7on de concevoir des partenariats publics en relation avec le syst\u00e8me de la\u00efcit\u00e9 local.<\/p>\n<p><strong>Comment op\u00e8re concr\u00e8tement cette organisation ?<\/strong><\/p>\n<p>Elle fonctionne sur un mod\u00e8le d\u2019action bas\u00e9 sur le triptyque Evang\u00e9lisme-Formation-Entraide. En France, la branche \u00ab entraide \u00bb est mise en place dans des actions tr\u00e8s ponctuelles aupr\u00e8s des SDF. Le seul financement public direct re\u00e7u, a \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9 par une Mairie pour une activit\u00e9 de pr\u00e9sentation musicale sur la place publique. Cette activit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 mise sur le chapeau des activit\u00e9s de promotion du \u00ab Vivre ensemble \u00bb, sans rapport direct avec la confession. Au Br\u00e9sil, le financement des activit\u00e9s de JEM est beaucoup plus vaste. Cela va de la subvention de cr\u00e8ches et de centres de sant\u00e9 \u00e0 des activit\u00e9s directement li\u00e9es \u00e0 l\u2019Etat comme le service obligatoire de suivi des familles qui re\u00e7oivent l\u2019allocation Bolsa Familia. Dans le cas de la France, c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui joue le r\u00f4le principal de cette collaboration, en passant de la \u00ab logique de s\u00e9paration \u00bb \u00e0 celle de \u00ab reconnaissance \u00bb et d\u2019 \u00ab int\u00e9gration \u00bb par rapport \u00e0 un r\u00f4le public qui peut \u00eatre exerc\u00e9 par les religions.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le fait que la branche sociale soit plus d\u00e9velopp\u00e9e au Br\u00e9sil, elle est remarqu\u00e9e en France aussi. L\u2019influence de JEM joue \u00e0 travers les associations inspir\u00e9es par ses activit\u00e9s et, plus r\u00e9cemment op\u00e8re comme une ressource face \u00e0 la \u201ccrise migratoire\u201d actuelle. Au Br\u00e9sil et en France, ind\u00e9pendamment du contexte social et religieux v\u00e9cu, il est possible de d\u00e9crire l\u2019action standard mise en place par l\u2019organisation : un sketch rigolo, un t\u00e9moignage vivant et un appel percutant. Si cette sc\u00e8ne-type est l\u2019\u00ab ADN \u00bb de l\u2019organisation, cela n\u2019emp\u00eache pas que d\u2019autres actions plus d\u00e9velopp\u00e9es, telles que les cours et les \u00e9coles de formations d\u00e9crites aient lieu. Cependant, quelle que soit l\u2019ampleur des actions et les moyens mat\u00e9riels et financiers engag\u00e9s, le but reste celui de faire vivre le protestantisme comme religion missionnaire.<br \/>\n<strong><br \/>\nLe Br\u00e9sil et la France sont tous deux marqu\u00e9s par l\u2019h\u00e9ritage catholique. Mais quels d\u00e9calages observez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Le Br\u00e9sil n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 100% catholique. Le processus de colonisation du Br\u00e9sil, bas\u00e9 sur la coexistence des blancs, des indiens et des noirs, a permis, depuis la p\u00e9riode coloniale, une certaine diversit\u00e9 de religions pratiqu\u00e9es dans le pays. Cependant, les religions des indiens et des noirs \u00e9taient en situation de petite minorit\u00e9. C\u2019\u00e9tait le cas aussi, plus tard, pour le protestantisme des immigrants allemands dans l\u2019\u00e9tat du Rio Grande do Sul et du Esp\u00edrito Santo, ainsi que les religions des immigrants japonais \u00e0 S\u00e3o Paulo. Seule une petite partie de la population \u00e9tait concern\u00e9e par ces religions. Tout cela a chang\u00e9 depuis 50 ans. La diversit\u00e9 est bien plus importante aujourd\u2019hui, en particulier sous la pouss\u00e9e \u00e9vang\u00e9lique, m\u00eame si le catholicisme reste majoritaire, avec 64,4% de la population.<\/p>\n<p><strong>La France a une histoire et une culture catholique, comme au Br\u00e9sil. Mais les \u00e9volutions sont diff\u00e9rentes. Au Br\u00e9sil, le d\u00e9clin du catholicisme ne s\u2019est pas fait au profit de l\u2019incroyance ou d\u2019un affaiblissement du champ religieux.<\/strong><\/p>\n<p>Les citoyens br\u00e9siliens sont sous un ciel qui scintille d\u2019\u00e9tincelles religieuses, qu\u2019ils soient croyants ou non. Cette religiosit\u00e9 est pr\u00e9sente dans la pratique religieuse v\u00e9cue en sa forme institutionnalis\u00e9e ou personnelle, dans les m\u00e9dias sous toutes leurs formes, dans l\u2019art, dans la musique manifestement religieuse ou non, dans les instances politiques et m\u00eame plus subtilement pr\u00e9sente dans le vocabulaire quotidien. Remplacer un \u00ab merci \u00bb par \u00ab que Dieu te paye \u00bb, un \u00ab au revoir \u00bb par un \u00ab va avec Dieu \u00bb ou encore demander la b\u00e9n\u00e9diction de la famille d\u00e9passe les murs des centres cultuels et des familles religieuses. Avec l\u2019ascension du nombre d\u2019\u00e9glises pentec\u00f4tistes, il est possible d\u2019entendre d\u00e9sormais des expressions \u00e9vang\u00e9liques tr\u00e8s populaires tels que \u00ab c\u2019est li\u00e9 ! (t\u00e1 amarrado !) \u00bb, utilis\u00e9e pour refuser quelque chose de mauvais qui peut arriver. Les Br\u00e9siliens sont en g\u00e9n\u00e9ral sensiblement religieux, et cela se refl\u00e8te dans leur vie quotidienne, dans la capacit\u00e9 d\u2019expression de multiples formes de foi religieuse, de sorte que leurs comportements et leurs croyances religieuses constituent une partie fondamentale de l\u2019ethos de la culture br\u00e9silienne.<\/p>\n<p>[1] Denise Goulart, \u00ab Les enjeux socio-politiques de l\u2019action sociale et humanitaire dans la sph\u00e8re religieuse: L\u2019Agence Youth with a Mission en France et au Br\u00e9sil\u00bb, Paris, th\u00e8se de doctorat EPHE 2018 (sous la dir. de Jean-Paul Willaime).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cinq questions \u00e0 Denise Goulart, chercheuse br\u00e9silienne install\u00e9e en France. Elle \u00e9voque les liens entre francophonie et lusophonie, notamment sur l&rsquo;action missionnaire en France et au Br\u00e9sil. 3e volet de notre s\u00e9rie sur le Br\u00e9sil. 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