{"id":669,"date":"2018-12-11T10:58:33","date_gmt":"2018-12-11T10:58:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=669"},"modified":"2018-12-20T11:00:32","modified_gmt":"2018-12-20T11:00:32","slug":"des-huguenots-francophones-au-bresil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=669","title":{"rendered":"Des huguenots francophones au Br\u00e9sil"},"content":{"rendered":"<p><em>Contemporaine de Calvin, la premi\u00e8re francophonie protestante s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e jusqu&rsquo;au Br\u00e9sil. Qui s&rsquo;en souvient ? La m\u00e9moire collective l&rsquo;a oubli\u00e9, mais les documents restent. <\/em><\/p>\n<p>A trois reprises diff\u00e9rentes, entre l\u2019ann\u00e9e 1540 et l\u2019ann\u00e9e 1565, la couronne de France a entrepris, avec l\u2019aide de protestants, de mettre en place une colonie dans le Nouveau Monde. Le huguenot Roberval \u00e9choue sur les rivages du Saint-Laurent (Canada actuel), tandis que plus tard, en Floride, les Espagnols massacrent les colons protestants venus s\u2019\u00e9tablir. Entre ces deux tentatives se d\u00e9ploie l\u2019\u00e9pisode br\u00e9silien de la \u201cFrance antarctique\u201d (1555-1560), sous la houlette de l\u2019amiral Nicolas Durant de Villegagnon.<\/p>\n<p><strong>Une colonie, des Huguenots et un imbroglio br\u00e9silien<\/strong><\/p>\n<p>Arriv\u00e9s par vagues dans l\u2019actuelle baie de Rio, les colons fran\u00e7ais, partag\u00e9s entre catholiques et protestants, ont pour objectif d\u2019\u00e9tablir une colonie au nom du Roi de France. Et si ce Br\u00e9sil \u00e0 na\u00eetre parlait fran\u00e7ais ? L\u2019insaisissable \u201crouge Br\u00e9sil\u201d, d\u00e9crit par Jean-Christophe Rufin dans un roman magistral[1] s\u2019accommoderait-il de la fleur de Lys? L\u2019amiral de Villegagnon se veut tol\u00e9rant. Catholique, mandat\u00e9 par Coligny, il va jusqu\u2019\u00e0 s\u2019adresser \u00e0 Jean Calvin lui-m\u00eame pour obtenir des renforts huguenots. Il en a besoin, la situation locale s\u2019av\u00e9rant d\u00e9licate. Les \u201cgens de la nouvelle foi\u201d sont alors nombreux dans le Royaume de France. Ils ne connaissent pas encore cette marginalit\u00e9 qui va peu \u00e0 peu, au fil des guerres de religion, les rel\u00e9guer en p\u00e9riph\u00e9rie du jeu politique et colonial. Plusieurs centaines d\u2019entre eux se joignent \u00e0 l\u2019aventure br\u00e9silienne de Villegagnon. Mais les grains de sable s\u2019accumulent, et grippent la fragile m\u00e9canique coloniale. Premier obstacle, la discorde entre les deux confessions chr\u00e9tiennes, qui envenime la situation. Second probl\u00e8me : le caract\u00e8re difficile de Villegagnon, trop rigide, cassant, autoritaire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arbitraire. Troisi\u00e8me d\u00e9fi : les d\u00e9fections, nombreuses, en direction des Indiens. Ces difficult\u00e9s font faire \u00e9chouer l\u2019entreprise, d\u2019autant que la menace militaire portugaise est trop forte. Entre 1555 et 1560, la tentative coloniale fran\u00e7aise au Br\u00e9sil se solde par un d\u00e9sastre : le 17 mars 1560, les Portugais finissent par raser le Fort Coligny, quartier g\u00e9n\u00e9ral de la colonisation fran\u00e7aise. Le Br\u00e9sil \u00e9chappe \u00e0 la France, et se rattachera durablement \u00e0 la lusophonie catholique. Les derniers Fran\u00e7ais rest\u00e9s en terre br\u00e9silienne, et unis aux indiens, sont d\u00e9faits en 1566-67 par les Portugais, qui fondent, presque dans la foul\u00e9e, ce qui deviendra Rio de Janeiro.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chec colonial fran\u00e7ais est cuisant. La France Antarctique et ses huguenots des grands horizons n\u2019est plus qu\u2019un souvenir. Mais l\u2019aventure est marquante, particuli\u00e8rement du c\u00f4t\u00e9 protestant. Le pasteur fran\u00e7ais Jean de L\u00e9ry nous a laiss\u00e9 un r\u00e9cit saisissant des dix mois qu\u2019il a pass\u00e9s au contact des Indiens Topinambas. Les premiers habitants du Br\u00e9sil fascinent, et deviennent un miroir des questions du si\u00e8cle. Cannibales ? Certes. Mais libres, vertueux, nus comme Adam et Eve avant la Chute. Fr\u00e8re lointain du huguenot pers\u00e9cut\u00e9, teint\u00e9 de nostalgie primitiviste, l\u2019indien du Br\u00e9sil renvoie presque, sous la plume du chroniqueur huguenot, \u00e0 un paradis perdu, l\u2019Espagnol et le Portugais catholique jouant le r\u00f4le du diable\u2026<\/p>\n<p><strong>Corsaires peu recommandables\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Ces protestants francophones partis aux antipodes n\u2019\u00e9taient pourtant pas tous, loin s\u2019en faut, des r\u00eaveurs de grands horizons, encore moins des disciples de la non-violence pratiqu\u00e9e par J\u00e9sus-Christ. En t\u00e9moigne la tragique histoire de ceux qu\u2019on appelle \u201cles Quarante martyrs du Br\u00e9sil\u201d, d\u00e9sign\u00e9s aussi comme les \u2018Martyrs de Tazacorte\u2019. Ce groupe de quarante jeunes j\u00e9suites, comprenait 32 Portugais et huit Espagnols, partis \u00e9vang\u00e9liser le Nouveau Monde. Il fut  arraisonn\u00e9 par des corsaires huguenots fran\u00e7ais, lors de son voyage vers le Br\u00e9sil. L\u2019\u00e9pisode se produit cinq ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la France Antarctique de Villegagnon. Captur\u00e9s au large des Canaries, retenus prisonniers, brim\u00e9s, ces pr\u00eatres catholiques ont \u00e9t\u00e9 finalement jet\u00e9s \u00e0 la mer le 15 juillet 1570 par les huguenots. Un seul survivant r\u00e9chappa, t\u00e9moin ult\u00e9rieur du drame. Ces martyrs catholiques assassin\u00e9s par des protestants fran\u00e7ais t\u00e9moignent de la duret\u00e9 des temps, et des ravages d\u2019une intol\u00e9rance religieuse o\u00f9 les options choisies engageaient la vie, et la mort.<\/p>\n<p>De courte dur\u00e9e, l\u2019\u00e9pop\u00e9e contrast\u00e9e des Huguenots fran\u00e7ais au Br\u00e9sil est longtemps rest\u00e9e dans l\u2019ombre. Il faut cr\u00e9diter Henri Hauser pour son travail pionnier, dans une copieuse \u00e9tude publi\u00e9e en 1937 dans le Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019Histoire du Protestantisme Fran\u00e7ais[2] (BSHPF). Plus r\u00e9cemment, on doit \u00e0 Frank Lestringant[3] d\u2019avoir revisit\u00e9 avec \u00e9rudition et passion ces \u00e9pisodes oubli\u00e9s de la \u201cFrance Antarctique\u201d o\u00f9 se sont entrecrois\u00e9s, le temps de quelques travers\u00e9es transatlantiques, Br\u00e9sil et premi\u00e8re francophonie protestante.<\/p>\n<p>[1] Jean-Christophe Rufin, <em>Rouge Br\u00e9sil<\/em>, Paris, Gallimard, 2003 (Prix Goncourt).<\/p>\n<p>[2] Henri Hauser, \u201cLes huguenots fran\u00e7ais au Br\u00e9sil (1560-1584) d\u2019apr\u00e8s les documents portugais\u201d, <em>BSHPF<\/em>, vol 86, avril-juin 1937, p.93 \u00e0 115.<\/p>\n<p>[3] Frank Lestringant, <em>Le Huguenot et le sauvage : l\u2019Am\u00e9rique et la controverse coloniale en France au temps des guerres de religion<\/em>, Paris, Klincksieck, 1990.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contemporaine de Calvin, la premi\u00e8re francophonie protestante s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e jusqu&rsquo;au Br\u00e9sil. 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