{"id":649,"date":"2018-09-08T14:38:50","date_gmt":"2018-09-08T14:38:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=649"},"modified":"2018-09-10T14:41:13","modified_gmt":"2018-09-10T14:41:13","slug":"lessor-des-ecoles-du-dimanche-dans-laire-francophone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=649","title":{"rendered":"L\u2019essor des \u00e9coles du dimanche dans l\u2019aire francophone"},"content":{"rendered":"<p><em>Cinq questions \u00e0 l&rsquo;historienne Anne Ruolt. Passionn\u00e9e par la p\u00e9dagogie et l&rsquo;apport des acteurs protestants \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation, elle a consacr\u00e9 sa th\u00e8se de doctorat aux \u00e9coles du dimanche, outils d&rsquo;enseignement biblique des enfants.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Cette historienne globe-trotter nous en apprend davantage sur ses recherches sur les \u00e9coles du dimanche, notamment dans le cadre de la francophonie protestante.<\/p>\n<p><strong>Anne Ruolt, pouvez-vous vous pr\u00e9senter ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai grandi \u00e0 Strasbourg, avant d\u2019\u00e9tudier la th\u00e9ologie, jusqu\u2019\u00e0 la ma\u00eetrise, \u00e0 la Facult\u00e9 de Th\u00e9ologie \u00c9vang\u00e9lique \u00e0 Vaux-sur-Seine. Depuis 1985, mes diff\u00e9rents engagements professionnels comme enseignante dans cette discipline m\u2019ont conduit au Tchad, en C\u00f4te d\u2019Ivoire, en Suisse et depuis le d\u00e9but de ce si\u00e8cle \u00e0 l\u2019Institut biblique de Nogent (94). Une structure qui accueille chaque ann\u00e9e des \u00e9tudiants venus de la francophonie au sens large. En parall\u00e8le, j\u2019ai continu\u00e9 des \u00e9tudes en sciences de l\u2019\u00e9ducation jusqu\u2019\u00e0 la th\u00e8se soutenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rouen (2010), puis un dipl\u00f4me post-doctoral (2018) \u00e0 l\u2019EPHE sous la direction de Patrick Cabanel. Mes recherches croisent histoire des id\u00e9es \u00e9ducatives et protestantisme.<\/p>\n<p><strong>Vous avez publi\u00e9 une somme en 2012 sur les \u00e9coles du dimanche en France[1] ; en quoi ces derni\u00e8res ont-elles particip\u00e9 \u00e0 a reconstruction de l\u2019identit\u00e9 protestante dans l\u2019hexagone ?<\/strong><\/p>\n<p>La publication dont vous parlez est tir\u00e9e de ma th\u00e8se sur l\u2019histoire des \u00c9coles du Dimanche en France au XIXe si\u00e8cle (2010), dirig\u00e9e par Lo\u00efc Chalmel.<br \/>\nCe mouvement inter-d\u00e9nominationnel a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en Angleterre en 1780 par le publiciste R. Raikes. Il proposait d\u2019abord des \u00e9coles ouvertes le dimanche pour apprendre \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire aux enfants ouvriers la semaine. Dans un deuxi\u00e8me temps, il s\u2019est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019enseignement biblique des jeunes protestants. C\u2019est cette derni\u00e8re branche qui, avec l\u2019appui de la Mission de Londres et des protestants anglais, se d\u00e9veloppe d\u00e8s 1814 en France.<br \/>\nOn se souvient que depuis la r\u00e9vocation de l\u2019\u00c9dit de Nantes (1685), en France, les protestants ne pouvaient plus l\u00e9galement ni poss\u00e9der, ni lire librement la Bible en famille, lieu privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019instruction biblique des jeunes enfants. Les \u00e9coles protestantes avaient aussi toutes \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es, et craignant le pros\u00e9lytisme, de nombreux protestants refusaient d\u2019envoyer leurs enfants dans une \u00e9cole tenue par un ma\u00eetre catholique. Les \u00c9coles du dimanche ont remis \u00e0 l\u2019honneur l\u2019enseignement biblique des enfants de familles protestantes. Cela s\u2019est fait au travers de croyants lettr\u00e9s qui \u00e9veillent les enfants \u00e0 la foi en leur lisant et expliquant les r\u00e9cits bibliques, en priant avec eux et en leur apprenant \u00e0 chanter des cantiques \u00e0 leur port\u00e9e. Au-del\u00e0 des enfants, toute l\u2019Eglise en b\u00e9n\u00e9ficie en r\u00e9alit\u00e9. Ce mod\u00e8le d\u2019action est une adaptation du principe de l\u2019ecclesiola in ecclesia (petite \u00e9glise dans l\u2019\u00c9glise) du pi\u00e9tisme germanique.<br \/>\nLa Soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9coles du Dimanche fran\u00e7aise (SED) fond\u00e9e en 1852 sous l\u2019impulsion du m\u00e9thodiste Jean-Paul Cook, s\u2019inscrit dans le courant des mouvements de r\u00e9veil qui, comme les Soci\u00e9t\u00e9s missionnaires et de diffusion des \u00c9critures n\u2019\u00e9tait pas rattach\u00e9e \u00e0 une union d\u2019\u00e9glises sp\u00e9cifique[2].<\/p>\n<p><strong>Quelle \u00e9tait leur ouverture sur la francophonie ? L\u2019espace des missions ?<\/strong><\/p>\n<p>En France comme dans les autres pays europ\u00e9ens, les \u00c9coles du Dimanche ont sensibilis\u00e9 les enfants aux Missions \u00e9trang\u00e8res, en particulier celles dans les \u00eeles ou les pays sous domination fran\u00e7aise. H\u00e9rit\u00e9 des \u00e9glises germaniques de tendance pi\u00e9tiste, une offrande missionnaire \u00e9tait quasi ritualis\u00e9e dans les \u00e9coles du dimanche de l\u2019hexagone. Cette offrande \u00e9tait dirig\u00e9e vers la francophonie d\u2019outre-mer, alors colonis\u00e9e mais aussi \u00e9vang\u00e9lis\u00e9e. Elle \u00e9tait mat\u00e9rialis\u00e9e par une tirelire m\u00e9canique \u00e0 figurine de jeune africain qui opinait de la t\u00eate pour dire merci chaque fois qu\u2019une pi\u00e8ce tombait dans la fente de la boite. \u00c0 l\u2019instar des premiers missionnaires m\u00e9thodistes en France et en Suisse francophone, les premiers missionnaires \u00ab en terre pa\u00efenne \u00bb ouvraient une \u00c9cole du Dimanche l\u00e0 o\u00f9 ils fondaient une \u00e9glise locale. Le mouvement des \u00e9coles du dimanche s\u2019est donc r\u00e9pandu en Afrique francophone d\u00e8s le XIXe si\u00e8cle. Rappelons aussi qu\u2019apr\u00e8s le d\u00e9clin des \u00e9coles protestantes, l\u2019action de la Soci\u00e9t\u00e9 pour l\u2019encouragement de l\u2019instruction primaire parmi les protestants de France (SEIPF), s\u2019est red\u00e9ploy\u00e9e \u00e0 Madagascar.<\/p>\n<p><strong>Depuis l\u2019\u00e9mergence des \u00e9coles du dimanche, quelles \u00e9volutions discerne-t-on au niveau des contenus p\u00e9dagogiques dans le rapport \u00e0 l\u2019espace francophone ?<\/strong><\/p>\n<p>Les contenus sont toujours rest\u00e9s ax\u00e9s sur l\u2019enseignement biblique. Mais au fil des d\u00e9cennies, la structure et l\u2019habillage (images utilis\u00e9es) ont \u00e9volu\u00e9. La d\u00e9colonisation est pass\u00e9e par l\u00e0. Entre l\u2019\u00e9poque du Dr Schweitzer et aujourd\u2019hui, la relation aux missions n\u2019est plus la m\u00eame. La tire-lire pour l\u2019Afrique, populaire au XIXe si\u00e8cle, a disparu souvent avec l\u2019offrande missionnaire. On est pass\u00e9 de la litt\u00e9rature surtout pour moniteur \u00e0 celle pour la jeunesse, mais il reste encore beaucoup \u00e0 faire en mati\u00e8re de contenus qui conviennent \u00e0 la francophonie d\u2019aujourd\u2019hui (Europe-Afrique-Cara\u00efbes). Certains supports, simplement traduits de l\u2019anglais, ne sont pas toujours culturellement adapt\u00e9s aux publics de France, de C\u00f4te d\u2019Ivoire ou d\u2019Ha\u00efti !<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il des particularit\u00e9s francophones dans la cat\u00e9chisation protestante des enfants, et si oui lesquelles ?<\/strong><\/p>\n<p>Alors qu\u2019en Am\u00e9rique du nord et du sud, l\u2019\u00c9cole du dimanche s\u2019adresse aussi aux groupes d\u2019adultes et se d\u00e9roule en amont du culte dominical, en Europe, sauf exception, elle se limite aux enfants scolaris\u00e9s dans le primaire, et se d\u00e9roule aujourd\u2019hui en parall\u00e8le au culte destin\u00e9 aux adultes.<br \/>\nAu d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, si ces premi\u00e8res \u00c9coles adoptent le mod\u00e8le des groupes de niveau de l\u2019enseignement mutuel anglo-saxon, le moniteur explique sa le\u00e7on selon le mod\u00e8le d\u2019enseignement socratique, une forme d\u2019entretien qui lui permet de susciter l\u2019activit\u00e9 de l\u2019\u00e9l\u00e8ve afin d\u2019\u00e9viter qu\u2019il ne s\u2019ennuie, tout en v\u00e9rifiant sa bonne compr\u00e9hension du sens des \u00c9critures.<br \/>\nLe moniteur est un non expert en th\u00e9ologie, souvent un ancien \u00e9l\u00e8ve qui pr\u00e9pare la le\u00e7on avec les autres moniteurs sous la houlette du pasteur.<br \/>\nUne \u00e9volution se dessine au  d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, o\u00f9, sous l\u2019impulsion du pasteur Wilfred Monod, les \u00c9coles du dimanche sont pouss\u00e9es \u00e0 adopter le mod\u00e8le d\u2019organisation de l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine avec des programmes sp\u00e9cifiques pour chaque classe d\u2019\u00e2ge et des le\u00e7ons plus magistrales.<br \/>\nDepuis la fin du XXe si\u00e8cle, non sans liens avec l\u2019\u00e9volution des programmes scolaires, on remarque une tendance \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019approche th\u00e9matique \u00e0 l\u2019enseignement chronologique de l\u2019histoire biblique. Les \u00ab jeux \u00e9ducatifs \u00bb, bannis au XIXe si\u00e8cle, se d\u00e9veloppent par ailleurs, et les lanternes magiques ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par internet et ses portails francophones (portail Top Kids de TopChr\u00e9tien par exemple).<\/p>\n<p>[1] Anne Ruolt, <em>L\u2019\u00e9cole du dimanche en France au XIXe si\u00e8cle<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2012. Pour ses autres travaux, voir : http:\/\/univ-rouen.academia.edu\/RuoltAnne<\/p>\n<p>[2] L\u2019article 1er des statuts stipule : \u00ab Le but de cette Soci\u00e9t\u00e9 est de propager les v\u00e9rit\u00e9s \u00e9vang\u00e9liques par le moyen des \u00c9coles du Dimanche. Elle provoque la formation de ces \u00c9coles, elle en seconde l\u2019\u00e9tablissement et s\u2019attache \u00e0 les perfectionner, sans vouloir s\u2019immiscer dans leur direction \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cinq questions \u00e0 l&rsquo;historienne Anne Ruolt. 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