{"id":626,"date":"2018-07-19T07:50:46","date_gmt":"2018-07-19T07:50:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=626"},"modified":"2018-07-20T08:47:35","modified_gmt":"2018-07-20T08:47:35","slug":"leymah-gbowee-la-colombe-du-liberia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=626","title":{"rendered":"Leymah Gbowee, la colombe du Lib\u00e9ria"},"content":{"rendered":"<p>Son mouvement de femmes a permis, en 2005, la transition d\u00e9mocratique qui a propuls\u00e9 au pouvoir Ellen Johnson Sirleaf, la premi\u00e8re femme \u00e9lue \u00e0 la t\u00eate du Lib\u00e9ria. <\/p>\n<p><em>Portrait n\u00b09 de notre s\u00e9rie de l\u2019\u00e9t\u00e9 : chaque semaine, des portraits de femmes africaines qui ont marqu\u00e9 leur pays. Douze \u00ab amazones du Seigneur \u00bb.<br \/>\n<\/em><br \/>\nDe 1999 \u00e0 2003, beaucoup d\u2019observateurs ont d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du Lib\u00e9ria. N\u00e9 du peuplement d\u2019esclaves affranchis, ce pays c\u00f4tier d\u2019Afrique de l\u2019Ouest souffrait alors d\u2019une nouvelle guerre civile atroce apr\u00e8s celle de 1989-97. Massacres de masse, enfants soldats, anarchie et prolif\u00e9ration d\u2019armes de guerre\u2026 Terrifiant paysage. Leymah Gbowee, elle, n\u2019a jamais perdu l\u2019espoir.<\/p>\n<p>Cette protestante anglophone qui conna\u00eet bien la francophonie a mobilis\u00e9, par son charisme, son \u00e9nergie, sa foi et son talent, un large r\u00e9seau, Women of Liberia Mass Action For Peace. Litt\u00e9ralement : \u00ab Action de masse des Femmes du Lib\u00e9ria pour la paix \u00bb. A force de rencontres sur le terrain, de mise en confiance et de p\u00e9dagogie, elle a pu finalement rencontrer le dictateur sanguinaire Charles Taylor, obtenant de lui une d\u00e9marche de conciliation et de paix dans le Ghana voisin. Face aux r\u00e9sistances des factions arm\u00e9es, elle a multipli\u00e9 les mobilisations non-violentes, sur le mode de la r\u00e9sistance pacifique du mouvement des Droits Civiques aux Etats-Unis, initi\u00e9 par le pasteur Martin Luther King. Des femmes, des m\u00e8res, des \u00e9pouses, sans arme, criant leur d\u00e9sespoir et leur d\u00e9sir de paix, quel meilleur moyen d\u2019ouvrir une br\u00e8che dans les blindages endurcis qui d\u00e9shumanisent ? Leymah Gbowee a \u00e9t\u00e9 la figure de proue du mouvement, payant de sa personne, risquant sa vie, osant jusqu\u2019\u00e0 promouvoir durant plusieurs mois une \u00ab gr\u00e8ve du sexe \u00bb, qui eut peu d\u2019effets imm\u00e9diats, mais attira l\u2019attention des m\u00e9dias. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obtention de la paix tant d\u00e9sir\u00e9e, suivie du d\u00e9part du dictateur en place, Charles Taylor. Le \u00ab mouvement des femmes en blanc \u00bb initi\u00e9 par Leymah Gbowee t\u00e9moigne alors de quatre particularit\u00e9s : il est port\u00e9 par une esp\u00e9rance religieuse de r\u00e9conciliation, nourri par la foi chr\u00e9tienne de sa promotrice; il refuse tout sectarisme, int\u00e9grant tr\u00e8s largement les musulmanes et musulmans ; il est grass-root, c\u2019est-\u00e0-dire populaire et port\u00e9 par les communaut\u00e9s locales ; il est compl\u00e8tement non-violent, suivant la filiation d\u2019un Gandhi et d\u2019un Martin Luther King.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sistance, rejet du fatalisme et de la r\u00e9signation<br \/>\n<\/strong><br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 sa t\u00e9nacit\u00e9 et son courage hors-normes, Leymah Gbowee a incarn\u00e9 la r\u00e9sistance, le rejet du fatalisme et de la r\u00e9signation. Telle Mo\u00efse devant Pharaon, elle a refus\u00e9 de courber la t\u00eate et de subir l\u2019inacceptable. Son mouvement de femmes a permis, en 2005, la transition d\u00e9mocratique qui a propuls\u00e9 au pouvoir Ellen Johnson Sirleaf, la premi\u00e8re femme \u00e9lue \u00e0 la t\u00eate du Lib\u00e9ria\u2026 et premi\u00e8re pr\u00e9sidente \u00e9lue dans l\u2019histoire du continent africain.  Avec Ellen Johnson Sirleaf et Tawakel Karman, elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e en 2011 du Prix Nobel de la Paix pour le \u00ab combat non-violent \u00bb pour les droits des femmes et la paix. Cette grande cause lui a donn\u00e9 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 et des perspectives de formation personnelle in\u00e9dites, mais ce long combat lui a aussi co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher. N\u00e9e le 1er f\u00e9vrier 1972 dans une famille luth\u00e9rienne pratiquante, confront\u00e9e \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la guerre, l\u2019exil et la violence masculine, puis \u00e0 la surexposition politique et m\u00e9diatique, elle a franchi tant de fronti\u00e8res. Sa vie personnelle, ses relations, son \u00e9quilibre, sa sant\u00e9, ont subi des pressions d\u2019une intensit\u00e9 extr\u00eame, \u00e0 la mesure des d\u00e9fis et risques immenses qu\u2019elle affrontait. Leymah Gbowee n\u2019a pas cach\u00e9 ses difficult\u00e9s, mais cette protestante engag\u00e9e a r\u00e9guli\u00e8rement mentionn\u00e9 sa foi chr\u00e9tienne comme vecteur de r\u00e9confort et d\u2019inspiration.<\/p>\n<p><strong>Ambassadrice en francophonie<br \/>\n<\/strong><br \/>\nUn film documentaire dirig\u00e9 par Gini Reticker lui a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 en 2008. Son titre est clair : \u00ab Que tes pri\u00e8res renvoient le diable en enfer \u00bb[1]. Dans ses m\u00e9moires, elle commence la partie consacr\u00e9e aux remerciements par ces mots : \u00ab toute la louange la gloire et l\u2019honneur soient rendus \u00e0 Dieu pour son amour in\u00e9branlable et sa constante faveur sur moi \u00bb [2].  Cette foi protestante non sectaire, elle l\u2019a d\u00e9fendue aussi dans la francophonie, r\u00e9pondant \u00e0 ce sujet avec franchise et insistance, dans les plus grands m\u00e9dias. Les journaux francophones <em>La Croix<\/em>, <em>R\u00e9forme<\/em>, mais aussi <em>Lib\u00e9ration, Paris Match, Le Temps, La Libre Belgique<\/em> saluent la \u00ab guerri\u00e8re de la paix \u00bb. Pr\u00e9sente en invit\u00e9e d\u2019honneur par Agap\u00e9 France et la FPF \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement Protestants en f\u00eate, fin septembre 2013 \u00e0 Paris, elle affiche sa foi et ses convictions bien tremp\u00e9es lors d\u2019une conf\u00e9rence m\u00e9morable le vendredi 27 septembre. Dans un interview donn\u00e9 en Suisse en 2015, elle souligne que pour elle  \u00bb la Bible est le livre de la vie. C\u2019est le livre o\u00f9 vous allez quand vous avez besoin de force, de sagesse ou de consolation \u00bb, et explique son attachement particulier pour le texte proph\u00e9tique d\u2019Esa\u00efe 54 [3]. Quelques mois plus tard, interrog\u00e9e par le quotidien fran\u00e7ais Le Monde, elle affirmait notamment : \u00ab Je crois fermement que J\u00e9sus \u00e9tait f\u00e9ministe. Il a d\u00e9fendu les femmes, m\u00eame les plus humbles, et a port\u00e9 un id\u00e9al de justice sociale \u00bb [4]. Sans \u00eatre elle-m\u00eame francophone, Leymah Gbowee n\u2019a jamais n\u00e9glig\u00e9 la francophonie. Depuis le retour de la paix au Lib\u00e9ria, cette colombe au caract\u00e8re d\u2019acier continue \u00e0 d\u00e9fier les fronti\u00e8res et pr\u00eacher la r\u00e9conciliation, y compris entre les hommes et les femmes.<\/p>\n<p>[1] Film \u00ab Pray the Devid Back to Hell \u00bb (2008). Lire aussi Gabrielle Desarzens, <em>Parole aux femmes. Au Sud comme au Nord, elles changent le monde<\/em>, Lonay, StopPauvret\u00e9, 2014, p. 13-20.<\/p>\n<p>[2] Leymah Gbowee, <em>Mighty Be Our Powers<\/em>, New York, Beast Books, 2011, avec Carol Mithers, p. 245.<\/p>\n<p>[3] Serge Carrel, \u00ab La spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne, source de l\u2019action de Leymah Gbowee, Nobel de la paix 2011 \u00bb, site internet <em>LaFree.ch<\/em> (22 d\u00e9cembre 2015).<\/p>\n<p>[4] \u00ab Leymah Gbowee : \u00ab il faut soutenir toutes les f\u00e9ministes \u00bb \u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 8 mars 2016 (online).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son mouvement de femmes a permis, en 2005, la transition d\u00e9mocratique qui a propuls\u00e9 au pouvoir Ellen Johnson Sirleaf, la premi\u00e8re femme \u00e9lue \u00e0 la t\u00eate du Lib\u00e9ria. Portrait n\u00b09 de notre s\u00e9rie de l\u2019\u00e9t\u00e9 : chaque semaine, des portraits de femmes africaines qui ont marqu\u00e9 leur pays. Douze \u00ab amazones du Seigneur \u00bb. 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