{"id":618,"date":"2018-07-12T22:20:28","date_gmt":"2018-07-12T22:20:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=618"},"modified":"2018-07-13T22:23:12","modified_gmt":"2018-07-13T22:23:12","slug":"emilienne-mboungou-mouyabi-pionniere-du-pastorat-feminin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=618","title":{"rendered":"\u00c9milienne Mboungou-Mouyabi, pionni\u00e8re du pastorat f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"<p><em>Premi\u00e8re femme pasteur de l&rsquo;\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo, elle a fait progresser la parole f\u00e9minine \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des d\u00e9nominations protestantes.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Portrait n\u00b07 de notre s\u00e9rie de l\u2019\u00e9t\u00e9 : chaque semaine, des portraits de femmes africaines qui ont marqu\u00e9 leur pays. Douze \u00ab amazones du Seigneur \u00bb.<\/p>\n<p>Les \u00c9glises africaines sont-elles forc\u00e9ment marqu\u00e9es par un mod\u00e8le patriarcal pesant ? R\u00e9pondre h\u00e2tivement par \u00ab oui \u00bb, c\u2019est risquer de c\u00e9der \u00e0 un st\u00e9r\u00e9otype courant, qui voudrait que les femmes, en Europe, soient n\u00e9cessairement mieux accept\u00e9es dans les postes d\u2019autorit\u00e9 et d\u2019enseignement. En r\u00e9alit\u00e9, suivant les p\u00e9riodes, les pays, les \u00c9glises, les situations sont variables. En France, les \u00c9glises de la Communaut\u00e9 d\u2019\u00c9glises d\u2019Expression Africaine (CEAF), par exemple, accueillent d\u00e8s leur origine la pr\u00e9dication des femmes. Alors que bon nombre d\u2019\u00c9glises hexagonales implant\u00e9es bien apr\u00e8s la CEAF refusent aujourd\u2019hui cette option aux femmes, pour des raisons doctrinales.<\/p>\n<p>Dans certains contextes africains, les femmes ont davantage acc\u00e8s \u00e0 la pr\u00e9dication et \u00e0 l\u2019exhortation proph\u00e9tique dans les \u00c9glises de R\u00e9veil et les \u00c9glises dites \u00ab natives \u00bb (postcoloniales), que dans les \u00c9glises d\u00e9nominationnelles implant\u00e9es en Afrique par les Blancs venus d\u2019Europe ou d\u2019Am\u00e9rique. Au sein de ces derni\u00e8res, la parole enseignante f\u00e9minine est souvent rest\u00e9e suspecte, en raison de l\u2019interdit longtemps pos\u00e9 dans les traditions confessionnelles europ\u00e9ennes ou nord-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Les choses ont cependant \u00e9volu\u00e9 progressivement depuis 40 ans dans ces \u00c9glises. Des pionni\u00e8res africaines ont contribu\u00e9 \u00e0 un meilleur accueil de la pr\u00e9dication f\u00e9minine, jusqu\u2019au pastorat. \u00c9milienne Mboungou-Mouyabi, au Congo Brazzaville, est repr\u00e9sentative de ces \u00ab amazones du Seigneur \u00bb qui ont fait progresser la parole f\u00e9minine \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des d\u00e9nominations protestantes mises en place \u00e0 partir d\u2019un effort missionnaire occidental.<\/p>\n<p><strong>Une \u00e9tudiante qui re\u00e7oit la vocation<br \/>\n<\/strong><br \/>\nN\u00e9e Niangui-Loubota, Emilienne voie le jour au Congo-Brazzaville le 24 d\u00e9cembre 1957. Premi\u00e8re n\u00e9e d\u2019une famille protestante de huit enfants, elle se distingue, lors des ses \u00e9tudes \u00e0 Kimongo, par des capacit\u00e9s scolaires hors du commun. Mais son parcours \u00e9ducatif se heurte \u00e0 un plafond de verre qui entrave alors le d\u00e9veloppement de beaucoup de jeunes filles : \u00e0 partir du coll\u00e8ge, des enseignants se servent de leur position d\u2019autorit\u00e9 pour demander des faveurs sexuelles. Jugeant ces pratiques insupportables, Emilienne choisit de renoncer \u00e0 poursuivre ses \u00e9tudes en 1972. Elle s\u2019investit d\u2019autant plus dans la paroisse de l\u2019\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo dont son p\u00e8re est diacre [1]. Baptis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans, responsable de la chorale, elle s\u2019implique aussi dans l\u2019enseignement cat\u00e9ch\u00e9tique, o\u00f9, dit-on, elle fait merveille. Son d\u00e9vouement et la qualit\u00e9 de son service attirent l\u2019attention. Bient\u00f4t, la voil\u00e0 promue secr\u00e9taire consistoriale (1974), alors que s\u2019affirme peu \u00e0 peu son d\u00e9sir d\u2019acc\u00e9der un jour au pastorat. A cette \u00e9poque, l\u2019exp\u00e9rience est encore in\u00e9dite au Congo Brazzaville, m\u00eame si l\u2019\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo a vot\u00e9, d\u00e8s 1969, en faveur du principe du pastorat f\u00e9minin. L\u2019EEC a davantage l\u2019habitude des minist\u00e8res proph\u00e9tiques, dans la tradition du R\u00e9veil de 1947 port\u00e9 par le pasteur Daniel Ndoundou (1911-1986), dont Bernard Coyault a \u00e9tudi\u00e9 des d\u00e9veloppements contemporains[2]. Proph\u00e9tesse ? Oui, pourquoi pas. Mais pasteure ? C\u2019est in\u00e9dit.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re pasteure de l\u2019\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo<br \/>\n<\/strong><br \/>\nEncadr\u00e9e par le pasteur Bavibidila qui voit en elle une vocation authentique au pastorat, Emilienne ne d\u00e9sarme pas. La voil\u00e0 qui se porte candidate au concours d\u02bcentr\u00e9e au S\u00e9minaire Th\u00e9ologique de Mantsimou \u00e0 Brazzaville, tremplin vers le minist\u00e8re pastoral. Emilienne se retrouve seule laur\u00e9ate ! Ainsi encourag\u00e9e, elle entame \u00e0 19 ans une formation pastorale (1976) au s\u00e9minaire de Mantsimou. Eloquente, travailleuse, son intelligence et sa droiture impressionnent ses coll\u00e8gues. Malgr\u00e9 les obstacles, la formation th\u00e9orique et pratique est finalement couronn\u00e9e de succ\u00e8s et en juin 1985, elle obtient son dipl\u00f4me de pasteur \u00e0 Brazzaville. La voici premi\u00e8re femme pasteur de l\u2019\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo ! Un verrou a saut\u00e9, et la presse locale saisit l\u2019occasion pour saluer la pionni\u00e8re. Emilienne d\u00e9clare alors : \u00ab La joie d\u02bc\u00eatre la premi\u00e8re femme-pasteur se traduit en moi comme un signe de croissance de notre \u00c9glise et une prise de conscience des chr\u00e9tiennes \u00e0 travailler davantage aux c\u00f4t\u00e9s des hommes pour l\u02bcavancement de l\u02bc\u0153uvre du Seigneur. C\u2019est pourquoi j\u2019invite toutes les femmes, notamment les jeunes filles qui sentent la vocation de devenir pasteur, de ne pas reculer, mais de prier et de s\u2019engager fermement, avec foi \u00bb [3].<\/p>\n<p>Entre temps mari\u00e9e au Dr. Mboungou-Mouyabi, qu\u2019elle \u00e9pouse selon la coutume en 1982, puis selon l\u2019\u00e9tat civil le 30 janvier 1984, elle entame un minist\u00e8re pastoral avec son conjoint. Chacun dans une paroisse diff\u00e9rente. Elle oeuvre \u00e0 Mouzanga, puis \u00e0 Mouyondzi, s\u2019attirant la sympathie de beaucoup de paroissiens. Elle doit aussi cultiver la terre, le salaire pastoral ne suffisant pas \u00e0 nourrir la famille. En 1987, ann\u00e9e de sa cons\u00e9cration pastorale officielle, la voici d\u00e9tach\u00e9e de sa paroisse, et envoy\u00e9e \u00e0 Brazzaville pour animer le d\u00e9partement de l\u02bc\u0153uvre f\u00e9minine de l\u02bcEEC. Emilienne ne m\u00e9nage pas sa peine. Elle est femme et pasteur dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019en a pas l\u2019habitude. On attend d\u2019elle qu\u2019elle assure son travail pastoral, mais aussi, de surcro\u00eet, les r\u00f4les traditionnels de la femme. Une illustration, bien avant que l\u2019expression devienne \u00e0 la mode, d\u2019une \u00ab charge mentale \u00bb consid\u00e9rable, faite de prescriptions explicites et de pressions implicites [4].<\/p>\n<p>Il est difficile de tout concilier : vie conjugale, engagement pastoral, responsabilit\u00e9s nationales au sein de l\u2019ECC, multiples d\u00e9placements\u2026. et bient\u00f4t maternit\u00e9 : Emilienne accouche de son premier enfant, puis de son deuxi\u00e8me b\u00e9b\u00e9, par c\u00e9sarienne, le 10 mai 1989. Deux heureux \u00e9v\u00e9nements, mais voil\u00e9s par la trag\u00e9die qui s\u2019annonce. Mal remise de son second accouchement, prise d\u2019une violente crise de paludisme, Emilienne d\u00e9c\u00e8de le 25 mai 1989, \u00e2g\u00e9e seulement de 32 ans. Elle avait \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9e peu avant parmi les meilleurs \u00e9tudiants de sa promotion, pour tenter le concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie protestante de Yaound\u00e9, au Cameroun. A la nouvelle du d\u00e9c\u00e8s d\u2019Emilienne, l\u2019\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo toute enti\u00e8re est sous le choc. Sa m\u00e8re, effondr\u00e9e, remet en cause la mani\u00e8re dont la vocation d\u2019Emilienne a \u00e9t\u00e9 mise en oeuvre. Trop de pression, trop d\u2019attente. Pour le Pasteur Tsibatala, au contraire, Emilienne a rendu cr\u00e9dible et  respectable la vocation pastorale f\u00e9minine au Congo Brazzaville :   \u00ab C\u02bcest gr\u00e2ce \u00e0 elle qu\u02bcon a aujourd\u02bchui d\u02bcautres femmes pasteurs. \u00bb [5]<\/p>\n<p>[1] Fond\u00e9e en 1961, l\u2019\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo, francophone, issue de l\u2019oeuvre d\u2019une mission su\u00e9doise, est la plus importante \u00c9glise protestante du Congo Brazzaville.<\/p>\n<p>[2] Bernard Coyault,  \u00bb Un kilombo \u00e0 Paris. L\u2019itin\u00e9raire d\u2019une proph\u00e9tesse de l\u2019\u00c9glise \u00e9vang\u00e9lique du Congo \u00bb, <em>Archives de Sciences Sociales des Religions<\/em>, n\u00b0143, juillet-septembre 2008, p.151-173.<\/p>\n<p>[3] \u00c9milienne Mboungou-Mouyabi, cit\u00e9e par M\u00e9dine Moussounga Keener et Eliser Moussounga dans la notice biographique tr\u00e8s compl\u00e8te qu\u2019ils ont consacr\u00e9 \u00e0 Emilienne dans le Dictionnaire BIographique des Chr\u00e9tiens d\u2019Afrique (online).<\/p>\n<p>[4] Aur\u00e9lia Schneider, <em>La charge mentale des femmes (et celle des hommes)<\/em>, Paris, Larousse, 2018.<\/p>\n<p>[5] Pasteur Dominique Tsibatala, cit\u00e9 par Moussounga Keener et Eliser Moussounga (ibid).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premi\u00e8re femme pasteur de l&rsquo;\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Congo, elle a fait progresser la parole f\u00e9minine \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des d\u00e9nominations protestantes. 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