{"id":608,"date":"2018-07-05T13:13:40","date_gmt":"2018-07-05T13:13:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=608"},"modified":"2018-07-05T13:14:25","modified_gmt":"2018-07-05T13:14:25","slug":"lydia-mengwelune-la-danseuse-du-roi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=608","title":{"rendered":"Lydia Mengwelune, la danseuse du roi"},"content":{"rendered":"<p><em>Si elle avait \u00e9t\u00e9 catholique, la Camerounaise Lydia Mengwelune serait une candidate de premier plan \u00e0 la canonisation.<br \/>\nLes protestants la consid\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 volontiers comme sainte. Exemplaire. Une ample litt\u00e9rature d\u2019\u00e9dification la valorise ainsi. D\u2019autant plus que Lydia a laiss\u00e9 une marque puissante, ind\u00e9l\u00e9bile, exceptionnelle dans la m\u00e9moire du peuple Bamoun et, au-del\u00e0, dans celle de l\u2019\u00c9glise \u00c9vang\u00e9lique du Cameroun dont elle a \u00e9t\u00e9 un des premiers piliers.<\/em><\/p>\n<p><strong>De la faveur du roi au stigmate de la conversion<br \/>\n<\/strong><br \/>\nN\u00e9e en 1886 dans une grande famille noble de Foumban, capitale du pays Bamoun (Centre-Ouest du Cameroun), deuxi\u00e8me fille d\u2019une fratrie de 17 enfants, elle se signale pr\u00e9cocement par une beaut\u00e9 et une intelligence hors du commun, qui attirent l\u2019attention du roi. D\u2019abord fianc\u00e9e \u00e0 un g\u00e9n\u00e9ral, qui dispara\u00eet suite \u00e0 une disgr\u00e2ce, elle entre sous la protection de la reine m\u00e8re, No Njapdunke, puis se retrouve concubine du roi Njoya (1860-1933). Elle devient sa favorite. Pratiquant avec aisance l\u2019art de la conversation, danseuse \u00e9m\u00e9rite, Lydia b\u00e9n\u00e9ficie de la faveur royale. Elle est au centre des attentions, mais s\u2019attire aussi des jalousies tenaces. C\u2019est le temps o\u00f9 la colonisation europ\u00e9enne s\u2019affirme. Des missionnaires venus de la Mission de B\u00e2le commencent lentement \u00e0 diffuser l\u2019Evangile en pays Bamoun (1905-1915). Touch\u00e9e par l\u2019enseignement chr\u00e9tien entendu \u00e0 Foumban, Lydia obtient du roi Njoya un changement de statut. Elle ne sera plus d\u00e9sormais concubine royale, ni \u00ab danseuse du roi \u00bb[1], mais donn\u00e9e comme \u00e9pouse de Nji Wamben, un noble au service du roi.<\/p>\n<p>Lydia devient cat\u00e9chum\u00e8ne. Elle prie, lit la Bible, \u00e9coute avec une vive attention l\u2019enseignement chr\u00e9tien. Son comportement change. Elle re\u00e7oit le bapt\u00eame \u00e0 23 ans, le 25 d\u00e9cembre 1909. C\u2019est alors qu\u2019elle prend officiellement le nom de Lydia.  Elle va rapidement en payer les cons\u00e9quences sociales, dans un monde Bamoun o\u00f9 le christianisme est ultraminoritaire. Victime des brimades et des brutalit\u00e9s de son mari et de la cour, elle perd une partie de son statut social et souffre dans sa chair. Les maux subis sont \u00ab presque indescriptibles \u00bb[2]. Le d\u00e9part des missionnaires allemands en 1915 aggrave sa situation. Quels appuis trouver ? Les r\u00e9cits biographiques et correspondances de l\u2019\u00e9poque insistent sur la pers\u00e9v\u00e9rance tenace de Lydia, qui impose peu \u00e0 peu le respect autour d\u2019elle par le calme sto\u00efque dont elle fait preuve devant les humiliations subies. Une photographie c\u00e9l\u00e8bre de Lydia a \u00e9t\u00e9 prise vers 1911-1915 par la missionnaire suisse (native de Marseille) Anna Wuhrmann [3]. Ce clich\u00e9 (ci-dessus) exprime visuellement la dignit\u00e9 et la fermet\u00e9 attribu\u00e9es \u00e0 cette chr\u00e9tienne alors isol\u00e9e, stigmatis\u00e9e pour sa diff\u00e9rence.<\/p>\n<p><strong>Une femme si\u00e9geant au conseil des hommes<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLes bouleversements g\u00e9opolitiques engendr\u00e9s par la Premi\u00e8re Guerre Mondiale conduisent la Mission de Paris \u00e0 assurer le relai protestant. Elle s\u2019implante en pays Bamoun. Le pasteur fran\u00e7ais Elie All\u00e9gret (1865-1940), apr\u00e8s une visite \u00e0 Foumban en 1917, envoie un instituteur charg\u00e9 de mettre en place un conseil d\u2019anciens. Lydia est appel\u00e9e \u00e0 si\u00e9ger au milieu du conseil. \u00ab Une femme si\u00e9geant au conseil des hommes ! Et avec le m\u00eame droit de vote ! Une femme, un \u00eatre si m\u00e9pris\u00e9 chez les pa\u00efens ! C\u2019\u00e9tait inou\u00ef ! Mais ces chefs de la communaut\u00e9 avaient vu juste et avaient fait un bon choix.\u201d[4] Dans une soci\u00e9t\u00e9 qui change et s\u2019ouvre, Lydia (rest\u00e9e sans enfants) va peu \u00e0 peu infl\u00e9chir les rapports de force. Alors que l\u2019islam s\u2019implante aussi, elle incarne avec d\u00e9termination et constance un style de vie chr\u00e9tien. Elle d\u00e9veloppe un t\u00e9moignage en parole et en actes qui aboutit en fin de compte \u00e0 la conversion de nombreuses femmes, mais aussi de son mari (un temps devenu musulman). Ancienne, cat\u00e9chiste, \u00e9vang\u00e9liste, Lydia pr\u00eache par l\u2019exemple. \u201cSon amour pour le service l\u2019a rendue ancienne. L\u2019\u00e9glise a eu et continue d\u2019avoir des anciennes, mais celle dont nous parlons maintenant est une ancienne par excellence. Elle visite nos \u00e9glises des quartiers et y donne des bons conseils aux cat\u00e9chistes, aux cat\u00e9chum\u00e8nes, et aux chr\u00e9tiens. Elle sait consoler les fr\u00e8res afflig\u00e9s. Elle a nourri des enfants orphelins qu\u2019elle a accept\u00e9s volontairement. Beaucoup de femmes de cat\u00e9chistes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s par elle \u00bb, lit on dans les archives de la SMEP[5].<\/p>\n<p>Respect\u00e9e et \u00e9cout\u00e9e dans toute la r\u00e9gion, elle devient une ic\u00f4ne du christianisme Bamoun, alors qu\u2019elle apprend peu \u00e0 peu le fran\u00e7ais, langue des nouveaux colonisateurs. En 1931, la r\u00e9gion Bamoun compte 31 postes de pr\u00e9dicateurs et 35 lieux de culte. La progression du christianisme se poursuit, et Foumban compte aujourd\u2019hui une megachurch \u2013 Ndaambassie- de 14.000 fid\u00e8les. Pour les chr\u00e9tiens de la r\u00e9gion, Lydia est rest\u00e9e une r\u00e9f\u00e9rence fondatrice. Au-del\u00e0 de sa personne, elle repr\u00e9sente un id\u00e9al d\u2019acculturation douce du christianisme au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, dans une soci\u00e9t\u00e9 polygame et multireligieuse marqu\u00e9e par la domination des hommes.<\/p>\n<p>[1] Henri Nicod, <em>La danseuse du roi Njoya<\/em>, Paris, Neuchatel, Delachaux et Niestl\u00e9, 1950 (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2002).<\/p>\n<p>[2] Jean-Paul Messina, <em>Jaap Van Slageren, Histoire du Cameroun des origines \u00e0 nos jours<\/em>, Paris, Karthala, 2005, p.51.<\/p>\n<p>[3] Dans Messina &#038; Slageren (ibid., p.52), on lit au sujet d\u2019Anna Rein-Wuhrmann: \u00ab Il semble que le travail d\u2019A.R-W (..) a produit \u00e0 Foumban des transformations durables pour la situation personnelle et sociale des femmes, qui a laiss\u00e9 des traces dans l\u2019\u00c9glise jusqu\u2019aujourd\u2019hui. Son talent missionnaire d\u00e9passa \u00e0 certains \u00e9gards celui de ses coll\u00e8gues, par exemple en n\u2019imposant pas de r\u00e8gles rigoureuses de morale chr\u00e9tienne traditionnelle -de style europ\u00e9en puritain-, mais persuadant d\u2019adapter les r\u00e8gles chr\u00e9tiennes \u00e0 la culture du pays \u00bb.<\/p>\n<p>[4] Anna Rein-Wuhrmann, <em>Au Cameroun, Portraits de Femmes<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Mlle. E. Lack, Paris, Soci\u00e9t\u00e9s des Missions Evang\u00e9liques, 1931, p.41.<\/p>\n<p>[5] Alexandra Loumpet-Galitzine, <em>Njoya et le royaume Bamoun. Les archives de la Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Evang\u00e9liques de Paris<\/em>, Paris, Editions Karthala, 2006, p.166.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si elle avait \u00e9t\u00e9 catholique, la Camerounaise Lydia Mengwelune serait une candidate de premier plan \u00e0 la canonisation. Les protestants la consid\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 volontiers comme sainte. Exemplaire. 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