{"id":603,"date":"2018-07-01T07:52:41","date_gmt":"2018-07-01T07:52:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=603"},"modified":"2018-07-04T09:09:24","modified_gmt":"2018-07-04T09:09:24","slug":"bella-bellow-une-voix-federatrice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=603","title":{"rendered":"Bella Bellow, une voix f\u00e9d\u00e9ratrice"},"content":{"rendered":"<p><em>Pour avoir magnifi\u00e9 et modernis\u00e9 les chants traditionnels du Togo, l&rsquo;interpr\u00e8te Bella Bellow peut passer, \u00e0 plus d&rsquo;un titre, pour une \u00ab\u00a0amazone du Seigneur\u00a0\u00bb contemporaine. <\/em><\/p>\n<p><em>    Portrait n\u00b04 de notre s\u00e9rie de l\u2019\u00e9t\u00e9 : chaque semaine, des portraits de femmes africaines qui ont marqu\u00e9 leur pays. Douze \u00ab amazones du Seigneur \u00bb.<br \/>\n<\/em><br \/>\n\u00ab Chanter, c\u2019est prier deux fois \u00bb, affirmait Luther. C\u2019est dire si sacr\u00e9 et la spiritualit\u00e9 passent volontiers par la musique. Tout a commenc\u00e9 \u00e0 Ts\u00e9vi\u00e9 (Togo) o\u00f9 Georgette Nafiatou Adjoavi voit le jour le 1er janvier 1945. Elle grandit \u00e0 Agou\u00e9-Nyiv\u00e9 (Togo), o\u00f9 elle poursuit des \u00e9tudes qui la m\u00e8nent \u00e0 Lom\u00e9 (la capitale), dans l\u2019\u00e9cole des s\u0153urs catholiques de Notre Dame des Ap\u00f4tres, puis en C\u00f4te d\u2019Ivoire, \u00e0 Abidjan. Elle se destine alors au secr\u00e9tariat. Dans la capitale du Pays des \u00e9l\u00e9phants, sa voix ne passe pas inaper\u00e7ue. Form\u00e9e au solf\u00e8ge \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Beaux Arts, elle commence, tr\u00e8s jeune, \u00e0 se produire en public, o\u00f9 son timbre vocal, son charisme et sa beaut\u00e9 font merveille. Bient\u00f4t, le producteur G\u00e9rard Akueson [1] l\u2019encadre et la pousse \u00e0 la conqu\u00eate de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, avec son nouveau nom de sc\u00e8ne, Bella Bellow.<\/p>\n<p><strong>La \u00ab blueswoman d\u2019Afrique \u00bb qui conquiert l\u2019Olympia<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLa jeune Togolaise se fait rapidement un nom, au point que le pr\u00e9sident du B\u00e9nin la convie \u00e0 chanter lors de la f\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance du pays, en 1965. Bella n\u2019a que vingt ans, mais d\u00e9j\u00e0, son nom et sa r\u00e9putation franchissent les fronti\u00e8res. Sa recette ? Une reprise d\u2019airs traditionnels togolais, avec un charisme personnel qui articule suavit\u00e9 rayonnante, profondeur \u00e9motionnelle et modernisation instrumentale. Apr\u00e8s avoir fait tr\u00e8s forte impression au Festival mondial des Arts N\u00e8gres au S\u00e9n\u00e9gal en 1966, la voil\u00e0 qui sillonne les capitales d\u2019Afrique de l\u2019Ouest (Kinshasa, Brazzaville, Libreville, Douala), avant de se rendre en France. L\u2019Olympia, \u00e0 Paris, lui r\u00e9serve un accueil triomphal en 1969, ann\u00e9e o\u00f9 elle enregistre son premier album [2].<\/p>\n<p>C\u2019est le temps o\u00f9 tout s\u2019emballe, et Bella ne s\u2019appartient plus compl\u00e8tement. La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 est une opportunit\u00e9, mais aussi une \u00e9preuve. D\u2019ancrage catholique, mais peu int\u00e9ress\u00e9e par les distinctions confessionnelles [3], Bella cherche ses appuis. La pri\u00e8re, chant\u00e9e ou non, fait partie de ses ressources, et Bella sait qu\u2019invoquer le Seigneur n\u2019est pas de trop. Elle compte aussi sur son producteur et son \u00e9quipe, car la demande est forte. Le public du monde entier la r\u00e9clame, et la voil\u00e0 au Br\u00e9sil, au Stade Maracana, aux Antilles, \u00e0 Ath\u00e8nes, \u00e0 Split (Yougoslavie) et \u00e0 Berlin. Celle qu\u2019on surnomme bient\u00f4t la Blueswoman d\u2019Afrique suscite l\u2019enthousiasme populaire. Elle se marie en janvier 1972 \u00e0 un magistrat togolais et cr\u00e9e son propre groupe, Gabada. Devenue maman, elle s\u2019accorde une pause puis pr\u00e9pare une tourn\u00e9e internationale. Elle chante devant le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Georges Pompidou lors d\u2019une visite de ce dernier \u00e0 Lom\u00e9 (novembre 1972), puis au 10e anniversaire de l\u2019Organisation de l\u2019Unit\u00e9 Africaine (OUA) en mai 1973\u2026<\/p>\n<p><strong>Patience\u2026 Et atteindre le village<br \/>\n<\/strong><br \/>\nC\u2019est au Togo, dans sa r\u00e9gion natale, avant de partir pour la premi\u00e8re fois en tourn\u00e9e aux Etats-Unis (avec Manu Dibango), qu\u2019elle trouve la mort dans un accident de voiture, le 10 d\u00e9cembre 1973. Sa Ford Capri se renverse, dans des circonstances jamais \u00e9lucid\u00e9es. Elle ne survivra pas au choc. Elle avait seulement 28 ans. Elle est inhum\u00e9e au cimeti\u00e8re catholique La Plage, \u00e0 Lom\u00e9. Catholiques et protestants de toute l\u2019Afrique de l\u2019Ouest la pleurent. Le Togo est en deuil. Un billet de 10.000 Francs CFA portera peu apr\u00e8s son effigie, tout comme un timbre du Togo. Disparue pr\u00e9matur\u00e9ment, elle reste reconnue comme une pionni\u00e8re, une Togolaise qui osa partir et chanter le destin, l\u2019amour et la foi l\u00e0 o\u00f9 aucune de ses compatriotes n\u2019\u00e9tait all\u00e9 chanter avant. Bella Bellow n\u2019\u00e9tait pas une interpr\u00e8te r\u00e9pertori\u00e9e comme sp\u00e9cialiste du chant religieux. Mais son \u0153uvre vocale porte, entre autres, la marque ind\u00e9niable d\u2019une spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne populaire, sans \u00e9tiquette, ancr\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience quotidienne de la souffrance, de la patience, de l\u2019amour et de l\u2019attente. Parmi ses grands succ\u00e8s, SANGO YESU KRISTO (Le sang de J\u00e9sus-Christ), enregistr\u00e9 tardivement avec Manu Dibango, ou le c\u00e9l\u00e8bre BLEWU, Patience (1966), toujours disponible sur les plates-formes vid\u00e9os d\u2019internet, qui donne un exemple de cette spiritualit\u00e9 qui ne l\u2019a jamais quitt\u00e9e. On peut consid\u00e9rer cette chanson comme un Negro Spiritual d\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Voici la traduction du dernier couplet :<\/p>\n<p>Seul Dieu notre cr\u00e9ateur connait nos probl\u00e8mes intimes tout au long de la vie<br \/>\nSeul le possesseur de cet univers connait nos probl\u00e8mes intimes tout au long de la vie<br \/>\nSoyez \u00e9veill\u00e9s et priez (X2)<br \/>\nUne vie aussi longue soit elle n\u2019emp\u00eache pas la mort (X2)<br \/>\nC\u2019est avec la patience qu\u2019on pourra atteindre le village (X2)<\/p>\n<p>[1] G\u00e9rard Akueson est le premier Africain \u00e0 fonder en 1962 une maison de disques \u00e0 Paris, les Disques Akue.<\/p>\n<p>[2] Bella Bellow, album <em>Rockya<\/em> (1969).<\/p>\n<p>[3] Une partie de sa famille \u00e9tait protestante, et un de ses fr\u00e8res est devenu pasteur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour avoir magnifi\u00e9 et modernis\u00e9 les chants traditionnels du Togo, l&rsquo;interpr\u00e8te Bella Bellow peut passer, \u00e0 plus d&rsquo;un titre, pour une \u00ab\u00a0amazone du Seigneur\u00a0\u00bb contemporaine. 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