{"id":598,"date":"2018-06-28T16:37:13","date_gmt":"2018-06-28T16:37:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=598"},"modified":"2018-06-28T16:37:13","modified_gmt":"2018-06-28T16:37:13","slug":"muilu-marie-kimbangu-la-femme-qui-maintient-la-flamme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=598","title":{"rendered":"Muilu Marie Kimbangu, la femme qui maintient la flamme"},"content":{"rendered":"<p><em>Sans Muilu Marie Kimbangu, l&rsquo;\u00c9glise kimbanguiste n&rsquo;existerait pas aujourd&rsquo;hui. <\/em><\/p>\n<p><em>    Troisi\u00e8me portrait de notre s\u00e9rie de l\u2019\u00e9t\u00e9 : chaque semaine, des portraits de femmes africaines qui ont marqu\u00e9 leur pays. Douze \u00ab amazones du Seigneur \u00bb.<br \/>\n<\/em><br \/>\n\u00ab Cherchez la femme \u00bb, dit l\u2019adage\u2026 De nombreuses biographies du proph\u00e8te congolais Simon Kimbangu (1887-1952) ne mentionnent pas le r\u00f4le de son \u00e9pouse. Et pourtant\u2026 Le proph\u00e8te congolais Simon Kimbangu est n\u00e9 en 1887 dans le Bas-Congo. Son p\u00e8re est nganga nkisi, gu\u00e9risseur. Confi\u00e9 tr\u00e8s jeune aux missionnaires de la <em>Baptist Missionary Society<\/em> pour son \u00e9ducation, il \u00e9tudie la Bible en kikongo, devient cat\u00e9chiste, et affirme recevoir un appel divin en 1918 : J\u00e9sus lui demande de le servir. Simon refuse, mais la voix continuant \u00e0 le relancer, il commence un minist\u00e8re propre en avril 1921, par une gu\u00e9rison. Le voil\u00e0 d\u00e9sormais proph\u00e8te dans la Bas Congo, au service de Nzambi\u2019a Mpungu \u00bb, qui signifie en fran\u00e7ais \u00ab Dieu tout puissant \u00bb. Evoquant de loin celui de la proph\u00e9tesse Kimpa Vita au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, le minist\u00e8re proph\u00e9tique de Simon Kimbangu combine miracles, r\u00e9interpr\u00e9tation du christianisme, messianisme congolais, asc\u00e9tisme, critique des colonisateurs blancs et message de lib\u00e9ration. Son minist\u00e8re actif ne d\u00e9passa pas six mois. A l\u2019image du sort r\u00e9serv\u00e9 jadis \u00e0 Kimpa Vita, il est arr\u00eat\u00e9 par l\u2019administration coloniale, mais contrairement sa devanci\u00e8re, Simon \u00e9chappe, de justesse, \u00e0 la condamnation \u00e0 mort [1].<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sistance spirituelle<br \/>\n<\/strong><br \/>\nPriv\u00e9 de libert\u00e9 par les autorit\u00e9s coloniales, fouett\u00e9 publiquement (120 coups !), il d\u00e9c\u00e8de apr\u00e8s 30 ans de captivit\u00e9 dans une prison de haute s\u00e9curit\u00e9, en 1951. Et pourtant ! En d\u00e9pit de la r\u00e9pression brutale dont il a \u00e9t\u00e9 victime, sa voix ne s\u2019est pas \u00e9teinte. Une puissante \u00c9glise kimbanguiste s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e apr\u00e8s sa mort, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019impulsion du troisi\u00e8me fils du proph\u00e8te. Pourquoi ? Que s\u2019est-il pass\u00e9 entre temps, durant les 30 ans d\u2019incarc\u00e9ration de Simon Kimbangu ? C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient Muilu Marie Kimbangu, femme de l\u2019ombre qui maintient la flamme. C\u2019est avant tout gr\u00e2ce \u00e0 elle que la voix proph\u00e9tique de Simon Kimbangu a r\u00e9ussi l\u2019\u00e9preuve de la routinisation et de l\u2019institutionnalisation dans un mouvement durable.<\/p>\n<p>Pendant l\u2019interminable incarc\u00e9ration du proph\u00e8te congolais \u00e0 Elisabethville (Lubumbashi), loin de ses disciples, plusieurs mouvements clandestins se forment. 3.600 personnes sont arr\u00eat\u00e9es au fil des ann\u00e9es. La pers\u00e9cution coloniale ne fait pas de quartier, mais elle favorise, en d\u00e9finitive, l\u2019expansion du mouvement kimbanguiste, bien au-del\u00e0 du Bas-Congo. Car bien des Congolais s\u2019indignent de l\u2019arbitraire et du sort inique r\u00e9serv\u00e9 au proph\u00e8te, et la r\u00e9sistance spirituelle s\u2019organise, port\u00e9e par la figure libre de Muilu Marie Kimbangu. N\u00e9e le 7 mai 1880, mari\u00e9e selon la coutume avec Simon en 1913, puis mari\u00e9e religieusement avec lui le m\u00eame jour que leur bapt\u00eame commun (4 juillet 1915), elle n\u2019a cess\u00e9 de soutenir son mari, s\u2019identifiant \u00e0 son appel, relayant ses mots d\u2019ordre, encourageant ses fid\u00e8les. C\u2019est \u00e0 elle que le proph\u00e8te demande, avant sa longue d\u00e9tention, de veiller sur le mouvement naissant. C\u2019est autour d\u2019elle, rest\u00e9e libre, que se structurent les r\u00e9seaux clandestins. Le couple a eu trois enfants : Papa Kisolokele Charles Daniel (n\u00e9 le 12 f\u00e9vrier 1914), Papa Dialungana Salomon (n\u00e9 le 25 mai 1916) et Papa Diangienda Kuntima Joseph (n\u00e9 le 22 mars 1918). Mais au moment o\u00f9 Simon Kimbangu entre dans la longue nuit de l\u2019incarc\u00e9ration, ils sont bien trop jeunes pour jouer un r\u00f4le quelconque dans la transmission proph\u00e9tique. C\u2019est sur les \u00e9paules de Muilu Marie Kimbangu que reposent, durant de longues ann\u00e9es, la t\u00e2che \u00e9crasante de maintenir la flamme que le pouvoir colonial en place veut \u00e9teindre. Elle doit faire face \u00e0 de nombreux obstacles, \u00e0 commencer par l\u2019interdiction formelle de r\u00e9union. Les autorit\u00e9s coloniales belges continuent \u00e0 s\u00e9vir contre les adeptes, envoy\u00e9s dans dans des camps de rel\u00e9gation, dans des Colonies Agricoles pour Rel\u00e9gu\u00e9s Dangereux (CARD).<\/p>\n<p><strong>Du message proph\u00e9tique \u00e0 l\u2019\u00c9glise p\u00e9renne<br \/>\n<\/strong><br \/>\nMuilu Marie Kimbangu fait face, assure la transmission du message proph\u00e9tique, port\u00e9e par une esp\u00e9rance messianique o\u00f9 lib\u00e9ration populaire et lib\u00e9ration spirituelle vont de pair. Aid\u00e9e par d\u2019autres adeptes, elle forme une rel\u00e8ve. Elle est \u00ab \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9glise durant la longue p\u00e9riode de clandestinit\u00e9 \u00bb[2]. Quand \u00ab Maman Muilu \u00bb s\u2019\u00e9teint le 27 avril 1959, un an avant l\u2019ind\u00e9pendance du Congo Belge, le d\u00e9fi a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9. Peu avant son d\u00e9c\u00e8s, le 12 avril 1959, elle distribue les cartes de cat\u00e9chistes aux premiers cadres de la nouvelle \u00c9glise Kimbanguiste. Le m\u00eame jour elle confirme d\u00e9l\u00e9guer le pouvoir de diriger l\u2019\u00c9glise \u00e0 son troisi\u00e8me fils, Papa Diangienda, alors \u00e2g\u00e9 de 41 ans. Ce dernier, qui tenait d\u00e9j\u00e0 les r\u00eanes du mouvement, n\u2019aura de cesse de rendre hommage \u00e0 la fois \u00e0 son p\u00e8re et \u00e0 sa m\u00e8re, pr\u00e9sent\u00e9s comme les fondateurs et les piliers porteurs de cette nouvelle \u00c9glise africaine[3].  Quelques mois apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Muilu Marie Kimbangu, le pouvoir colonial belge finit enfin par recnna\u00eetre officiellement le Kimbanguisme,  le 24 d\u00e9cembre 1959. Un cadeau de No\u00ebl post-mortem offert quelques mois avant l\u2019ind\u00e9pendance du Congo, que les \u00e9poux Kimbangu n\u2019ont eu de cesse d\u2019esp\u00e9rer.<\/p>\n<p>[1] Sa condamnation \u00e0 mort est commun\u00e9e en d\u00e9tention \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 sur d\u00e9cision du roi des Belges, Albert 1er, suite \u00e0 l\u2019intervention de missionnaires baptistes en faveur de Simon Kimbangu.<\/p>\n<p>[2] Susan Asch, <em>L\u2019\u00c9glise du Proph\u00e8te Kimbangu, de ses origines \u00e0 son r\u00f4le actuel au Za\u00efre, 1921-1981<\/em>, Paris, Karthala, 1983, p.121.<\/p>\n<p>[3] Lire Aur\u00e9lien Mokoko Gampiot, <em>Kimbanguisme et identit\u00e9 noire<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans Muilu Marie Kimbangu, l&rsquo;\u00c9glise kimbanguiste n&rsquo;existerait pas aujourd&rsquo;hui. 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