{"id":544,"date":"2016-04-22T14:18:22","date_gmt":"2016-04-22T14:18:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=544"},"modified":"2018-06-26T14:20:14","modified_gmt":"2018-06-26T14:20:14","slug":"protestants-francophones-au-quebec-le-reveil-de-la-force","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=544","title":{"rendered":"Protestants francophones au Qu\u00e9bec : le R\u00e9veil de la force"},"content":{"rendered":"<p><em>Apr\u00e8s un R\u00e9veil timide dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, puis une relative confidentialit\u00e9 jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 60, le protestantisme francophone qu\u00e9b\u00e9cois reprend des forces \u00e0 partir des ann\u00e9es 70. <\/em><\/p>\n<p><em>Troisi\u00e8me article de notre s\u00e9rie sur le Qu\u00e9bec.<br \/>\n<\/em><br \/>\nAu d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, le protestantisme francophone entre Qu\u00e9bec et Montr\u00e9al est moribond, en d\u00e9pit d\u2019une tutelle coloniale anglophone d\u00e9sormais favorable aux h\u00e9ritiers de la R\u00e9forme. Sur les terres qu\u00e9b\u00e9coises, le catholicisme est massivement reconnu comme ciment identitaire francophone. Le protestant est per\u00e7u comme l\u2019autre, l\u2019anglophone, le nouveau ma\u00eetre. Des forces vives des premiers huguenots de Nouvelle France, il ne reste rien, ou presque.<\/p>\n<p><strong>Un premier R\u00e9veil (seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle)<br \/>\n<\/strong><br \/>\nCes forces vont pourtant se r\u00e9veiller. \u00c0 partir de 1834, des missionnaires fran\u00e7ais et suisses, port\u00e9s par la vague initi\u00e9e depuis le R\u00e9veil de Gen\u00e8ve, s\u2019installent au Qu\u00e9bec. En d\u00e9pit d\u2019une r\u00e9sistance catholique qui se dresse vent debout contre le pros\u00e9lytisme protestant, colporteurs et \u00e9vang\u00e9listes font peu \u00e0 peu leur oeuvre, Bible fran\u00e7aise en main. Une soci\u00e9t\u00e9 missionnaire franco-canadienne (1839-1880), largement financ\u00e9e par des soutiens anglophones, appuie ces efforts. Jean-Louis Lalonde a retrouv\u00e9 trace de ces pionniers dans la ville de Qu\u00e9bec, tels Andr\u00e9 Solandt (\u00e0 partir de 1846) et son pr\u00e9d\u00e9cesseur Emile Lapelletrie. La conversion controvers\u00e9e d\u2019un pr\u00eatre catholique, Charles Chiniquy (1809-1899), aide beaucoup[1]. Il multiplie les conf\u00e9rences, explique et d\u00e9crit ce qu\u2019il consid\u00e8re \u00eatre les d\u00e9rives cl\u00e9ricales et dogmatiques d\u2019une \u00c9glise qu\u2019il juge trop \u00e9loign\u00e9e de l\u2019\u00c9vangile pour \u00eatre cr\u00e9dible. Son anticatholicisme virulent finit cependant par desservir la cause protestante, qui peine \u00e0 progresser vraiment.  En 1858, des baptistes commencent \u00e9galement \u00e0 \u0153uvrer en terre qu\u00e9b\u00e9coise, via L\u00e9on Normandeau. De petites communaut\u00e9s naissent, et des paroisses et \u00c9glises locales se mettent en place.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9glise presbyt\u00e9rienne fran\u00e7aise de Qu\u00e9bec, rue Saint Jean, inaugure son temple tout neuf en novembre 1877. En 1894, cette paroisse francophone comporte quatorze familles, \u00ab alors que les communiants, eux, passeront de 34 \u00e0 50\u2033[2]. Fond\u00e9e par Henriette Feller (1800-1868), missionnaire suisse venue au Qu\u00e9bec d\u00e8s 1837 avec Louis Roussy, une premi\u00e8re Union Baptiste, anc\u00eatre de l\u2019Union d\u2019\u00c9glises baptistes fran\u00e7aises au Canada (fond\u00e9e en 1969) est aussi mise en place. L\u2019Arm\u00e9e du Salut s\u2019implante par ailleurs discr\u00e8tement \u00e0 partir de 1883. Il y a multiplication des initiatives, mais peu de r\u00e9sultats. La francophonie protestante reste extr\u00eamement r\u00e9duite, et l\u2019\u00e9lan pros\u00e9lyte du temps des Feller et Chiniquy retombe au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ouvrant la porte \u00e0 une \u00e9tape de routinisation qui va durer plus d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Routinisation et petites paroisses (jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960)<br \/>\n<\/strong><br \/>\nJusqu\u2019aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, les instances protestantes au Canada cessent progressivement de miser sur la francophonie. On compte 86 missionnaires protestants francophones au Qu\u00e9bec en 1881. Quarante ans plus tard, alors que la population qu\u00e9b\u00e9coise francophone a assez fortement augment\u00e9, le montant des missionnaires a lui baiss\u00e9, atteignant p\u00e9niblement le montant de 70[3]. En 1925, l\u2019\u00c9glise Unie du Canada est mise en place \u00e0 Toronto. Elle regroupe l\u2019essentiel de l\u2019\u00c9glise presbyt\u00e9rienne du Canada, de l\u2019\u00c9glise m\u00e9thodiste du Canada, du Conseil g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9glises de l\u2019Union et de l\u2019Union congr\u00e9gationnelle du Canada, de moindre importance d\u00e9mographique. \u00c0 cette date, il n\u2019existe plus de paroisse r\u00e9form\u00e9e francophone \u00e0 Qu\u00e9bec. Une pr\u00e9sence baptiste francophone demeure quant \u00e0 elle, mais elle est tr\u00e8s r\u00e9duite. Quant aux presbyt\u00e9riens francophones, ils sont contraints de rejoindre des paroisses anglophones. Jean-Louis Lalonde fait observer que \u00ab pendant soixante ans, les francophones de la ville de Qu\u00e9bec qui partageaient les principes protestants de cette \u00c9glise ont d\u00fb c\u00e9l\u00e9brer leur culte avec les anglophones au d\u00e9ni de leur propre identit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Durant cette p\u00e9riode, alors que les d\u00e9nominations protestantes les plus anciennes tendent \u00e0 d\u00e9cliner, les protestants \u00e9vang\u00e9liques francophones commencent au contraire \u00e0 progresser, dans un contexte o\u00f9 la contestation fondamentaliste marque tout le protestantisme nord-am\u00e9ricain. Le baptisme qu\u00e9b\u00e9cois, notamment, est fortement marqu\u00e9 par cette controverse. Il donne alors naissance \u00e0 de nouveaux r\u00e9seaux transatlantiques, dont la fili\u00e8re du Toronto Baptist Seminary fond\u00e9 par TT. Shields, o\u00f9 plusieurs pasteurs baptistes fran\u00e7ais viennent se former (dont Fr\u00e9d\u00e9ric B\u00fchler et plus tard Paul App\u00e9r\u00e9). Ces \u00e9volutions restent assez anecdotiques : la francophonie protestante qu\u00e9b\u00e9coise, jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970, reste limit\u00e9e \u00e0 quelques cercles confidentiels.<\/p>\n<p><strong>Second R\u00e9veil  et essor \u00e9vang\u00e9lique (depuis les ann\u00e9es 1970)<br \/>\n<\/strong><br \/>\nDepuis les ann\u00e9es 1970, la tendance \u00e0 l\u2019essor \u00e9vang\u00e9lique s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Dans un contexte marqu\u00e9 par la R\u00e9volution tranquille, la lib\u00e9ralisation de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise et un lent effondrement de l\u2019emprise sociale du catholicisme, la Vieille Province change. Alors que des affirmations nationalistes se manifestent, sur fond de revendications francophones exacerb\u00e9es, un nouveau protestantisme francophone de type \u00e9vang\u00e9lique s\u2019affirme de plus en plus nettement, au travers d\u2019une multiplication de petites \u00c9glises locales et d\u2019une diversification des r\u00e9seaux existants.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019on manque de recul pour en \u00e9valuer la port\u00e9e, il n\u2019est sans doute pas abusif de parler d\u2019un second R\u00e9veil protestant, sur un mode principalement \u00e9vang\u00e9lique. Ses effets continuent \u00e0 se faire sentir \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du XXIe si\u00e8cle. Le pentec\u00f4tisme, notamment, effectue une arriv\u00e9e remarqu\u00e9e, avec l\u2019implantation du Carrefour Chr\u00e9tien de la Capitale (1972) \u00e0 Qu\u00e9bec. Les r\u00e9seaux baptistes, y compris ind\u00e9pendants, se d\u00e9veloppent, ainsi que de nouveaux cercles charismatiques, tandis qu\u2019une Facult\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique est mise en place \u00e0 Montr\u00e9al \u00e0 partir de 1986, port\u00e9e par le professeur Amar Djaballah, devenu doyen en 1992.<\/p>\n<p>[1] Richard Lougheed, <em>La Conversion controvers\u00e9e de Charles Chiniquy<\/em>, \u00c9ditions La Clairi\u00e8re, Qu\u00e9bec, 1999, 322 p.<\/p>\n<p>[2] Jean-Louis Lalonde, \u00ab 400 ans de protestantisme de langue fran\u00e7aise \u00e0 Qu\u00e9bec \u00bb, <em>Bulletin de la SHPFQ<\/em> n\u00b025, sept 2009, p.6.<\/p>\n<p>[3] Jean-Louis Lalonde, Des loups dans la bergerie, Fides, 2002, p. 191.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s un R\u00e9veil timide dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, puis une relative confidentialit\u00e9 jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 60, le protestantisme francophone qu\u00e9b\u00e9cois reprend des forces \u00e0 partir des ann\u00e9es 70. Troisi\u00e8me article de notre s\u00e9rie sur le Qu\u00e9bec. 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