{"id":535,"date":"2016-04-08T14:11:24","date_gmt":"2016-04-08T14:11:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=535"},"modified":"2018-06-26T14:13:25","modified_gmt":"2018-06-26T14:13:25","slug":"protestants-francophones-au-quebec-un-heritage-de-plus-de-quatre-siecles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=535","title":{"rendered":"Protestants francophones au Qu\u00e9bec : un h\u00e9ritage de plus de quatre si\u00e8cles"},"content":{"rendered":"<p><em>Premier article de notre s\u00e9rie sur le Qu\u00e9bec!<br \/>\nSaviez-vous que des centaines de huguenots ont exerc\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans l\u2019aventure canadienne \u00e0 partir des ann\u00e9es 1540 ?<\/em><\/p>\n<p>Le Qu\u00e9bec est aujourd\u2019hui identifi\u00e9 comme catholique et francophone. Pourtant, la Belle Province a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e, avant m\u00eame son origine officielle, par une pr\u00e9sence protestante et francophone substantielle. Les huguenots \u00e9taient sur le terrain. Et ces pionniers ont contribu\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir la Nouvelle France.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce aux travaux de plusieurs historiens, \u00e0 commencer par Jean-Louis Lalonde, le meilleur sp\u00e9cialiste actuel du protestantisme francophone au Qu\u00e9bec, on sait aujourd\u2019hui qu\u2019\u00e0 la fondation de la ville de Qu\u00e9bec en 1608, les huguenots \u00e9taient nombreux, peut-\u00eatre m\u00eame majoritaires, bien que relativement discrets. Cette forte pr\u00e9sence d\u2019artisans, n\u00e9gociants, militaires francophones de confession protestante ne survenait pas ex nihilo. Une petite musique protestante se jouait en effet outre-Atlantique depuis une soixantaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 partir de la mise en place du processus (erratique) de colonisation.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 1627, date de l\u2019expulsion des Huguenots de Nouvelle France, les protestants, tels Pierre Chauvin, ont jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans le commerce de la fourrure\u2026 vital pour la colonie. Au XVIe si\u00e8cle, les protestants de France n\u2019ont pas peur du large, de l\u2019horizon, des grands espaces. \u00ab Pour Dieu, la Cause et les Affaires \u00bb, ils n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 traverser l\u2019Atlantique et d\u00e9fricher les nouveaux territoires, du Canada au\u2026. Br\u00e9sil[1]. Sait-on que Henri de Navarre, futur Henri IV, a encourag\u00e9 la guerre maritime \u00e0 l\u2019encontre des \u00ab papistes \u00bb avant son accession au tr\u00f4ne ? Sait-on que des centaines de huguenots ont exerc\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans l\u2019aventure canadienne \u00e0 partir des ann\u00e9es 1540 ?<\/p>\n<p><strong>L\u2019Atlantique travers\u00e9e en chantant des \u2018marotes\u2019<br \/>\n<\/strong><br \/>\nRappelons que le premier voyage de colonisation a \u00e9t\u00e9 l\u2019initiative de Philippe de Chabot, un huguenot, alors gouverneur de Bourgogne et de Normandie. Jacques Cartier, bien que lui-m\u00eame catholique, \u00e9tait probablement issu d\u2019une famille protestante. A partir de 1534-35, il explore le Saint-Laurent \u00e0 la recherche d\u2019un passage vers l\u2019Ouest, \u00e0 moins qu\u2019il ne trouve de l\u2019or. Le roi Fran\u00e7ois 1er l\u2019appuie jusqu\u2019en 1540-41, puis la faveur royale se porte sur un autre. Quand la premi\u00e8re colonie s\u2019est \u00e9tablie \u00e0 Cap-Rouge, pr\u00e8s du site actuel de Qu\u00e9bec, en 1540, elle est l\u2019oeuvre de Jean-Fran\u00e7ois de la Rocque, sieur de Roberval, un huguenot ruin\u00e9 qui voit l\u00e0 l\u2019occasion du rachat. Cette colonie sera cependant abandonn\u00e9e en 1543. Mais ce protestant fran\u00e7ais, successeur de Cartier et chef d\u2019exp\u00e9dition, a laiss\u00e9 une marque. Bien d\u2019autres sont rest\u00e9s anonymes. Combien \u00e9taient-ils ? L\u2019historien Marc-Andr\u00e9 B\u00e9dard a estim\u00e9 \u00e0 542 le nombre de protestants en Nouvelle-France pendant le r\u00e9gime fran\u00e7ais, dont un quart auraient \u00e9t\u00e9 des prisonniers anglais. C\u2019est peu. Mais il ne s\u2019agit l\u00e0 que des noms que l\u2019on a pu retrouver. Combien d\u2019anonymes ? Par ailleurs, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019\u00e9poque, marqu\u00e9e par des initiatives coloniales fragiles en effectifs, plus de cinq-cent protestants, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Jean-Louis Lalonde souligne que \u00ab d\u00e8s le d\u00e9part, catholiques et protestants font tous deux partie des exp\u00e9ditions. Les huguenots sont aussi pr\u00e9sents sur les navires fran\u00e7ais et plusieurs passagers racontent que les protestants chantent leurs \u2018marotes\u2019, les psaumes mis en vers (1536) par Cl\u00e9ment Marot et en musique par Claude Goudimel \u00bb[2].<\/p>\n<p>On retrouve la trace de ces chanteurs \u00e0 la foi r\u00e9form\u00e9e dans les documents d\u2019\u00e9poque \u00e0 la charni\u00e8re du XVIe et du XVIIe si\u00e8cle, au moment o\u00f9 se met en place la colonisation fran\u00e7aise d\u00e9finitive sur le site de ce qui deviendra la ville de Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p><strong>Qu\u00e9bec : sur onze gouverneurs, six protestants<br \/>\n<\/strong><br \/>\nJean-Louis Lalonde rappelle aussi que sur onze gouverneurs qui se sont succ\u00e9d\u00e9s entre 1540 et 1632, six (plus d\u2019un sur deux) \u00e9taient protestants. Il s\u2019agit de Roberval, Chauvin, De Chastes, Charles de Bourbon, Cond\u00e9, et Louis de Kirke. L\u2019illustre gouverneur Samuel Champlain \u00e9tait par ailleurs probablement d\u2019origine protestante, bien que professant le catholicisme. Epoux d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Boul\u00e9, une protestante, Champlain n\u2019a jamais mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart les huguenots, bien au contraire, puisqu\u2019il a activement collabor\u00e9 avec Pierre Dugua de Mons, gentihomme calviniste, dans la mise en place du projet de fondation de la ville de Qu\u00e9bec. Dans un parc de cette m\u00e9tropole francophone se dresse d\u2019ailleurs, depuis 2007, un monument et une plaque comm\u00e9morative, qui soulignent \u00ab son importante contribution \u00e0 l\u2019implantation de la France en Am\u00e9rique et \u00e0 la fondation de Qu\u00e9bec \u00bb[3].<\/p>\n<p>Il ne faut pas tomber dans l\u2019anachronisme : l\u2019\u00e9poque n\u2019est pas au pluralisme religieux. La tutelle fran\u00e7aise, de confession catholique, a beau d\u00e9fendre, en principe, le modus vivendi mis en place par Henri IV en 1598, qui garantit par l\u2019Edit de Nantes le droit de cit\u00e9 des protestants au Royaume de France, l\u2019\u00c9glise catholique reste tr\u00e8s largement privil\u00e9gi\u00e9e. C\u2019est la \u00ab sainte foy catholique \u00bb, et elle-seule, que l\u2019autorit\u00e9 royale entend faire valoir en priorit\u00e9 sur les nouveaux territoires o\u00f9 s\u2019implante la France. Le rassemblement pour tout culte, autre que catholique, est regard\u00e9 d\u2019un mauvais oeil. Les protestants francophones de Nouvelle France sont certes bien pr\u00e9sents, mais pri\u00e9s de ne pas faire de vagues, et de rester discrets. Jusqu\u2019au moment o\u00f9 leur pr\u00e9sence m\u00eame ne sera plus tol\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>[1] Micka\u00ebl Augeron, Didier Poton, Bertrand Van Ruymbeke, <em>Les Huguenots et l\u2019Atlantique. Pour Dieu, la Cause ou les affaires<\/em>, Paris, presses de l\u2019Universit\u00e9 Paris-Sorbonne, 2009.<\/p>\n<p>[2] Jean-Louis Lalonde, <em>Des loups dans la bergerie, Les protestants de langue fran\u00e7aise au Qu\u00e9bec, 1534-200<\/em>0, Montr\u00e9al, Fid\u00e8s, 2002, p.28.<\/p>\n<p>[3] \u00ab Inauguration d\u2019un monument en l\u2019honneur de Pierre Dugua de Mons \u00e0 Qu\u00e9bec \u00bb, bulletin <em>M\u00e9moires vives<\/em>, n\u00b022, octobre 2007.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premier article de notre s\u00e9rie sur le Qu\u00e9bec! Saviez-vous que des centaines de huguenots ont exerc\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans l\u2019aventure canadienne \u00e0 partir des ann\u00e9es 1540 ? Le Qu\u00e9bec est aujourd\u2019hui identifi\u00e9 comme catholique et francophone. 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