{"id":470,"date":"2016-12-01T21:20:48","date_gmt":"2016-12-01T21:20:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=470"},"modified":"2018-06-20T21:22:27","modified_gmt":"2018-06-20T21:22:27","slug":"le-mouvement-cooperatif-francais-et-francophone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=470","title":{"rendered":"Le mouvement coop\u00e9ratif fran\u00e7ais et francophone"},"content":{"rendered":"<p><em>Vive les coop\u00e9ratives ! Troisi\u00e8me volet de la s\u00e9rie consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0Charles Gide et la francophonie\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Depuis la d\u00e9colonisation jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, l\u2019espace francophone a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par l\u2019impact de la coop\u00e9ration. Du Tchad \u00e0 Madagascar, de la Tunisie au S\u00e9n\u00e9gal, des milliers de \u00ab coop\u00e9rants \u00bb francophones se sont investis, dans le cadre de la mise en place en France, en 1959, d\u2019un Minist\u00e8re de la coop\u00e9ration voulu par le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Etymologiquement, coop\u00e9rer, c\u2019est oeuvrer ensemble (co-operare, en latin). Parce qu\u2019il \u00e9vite la hi\u00e9rarchie, le terme convient particuli\u00e8rement dans des contextes d\u2019\u00e9mancipation. Le travail forc\u00e9, le rapport de force brutal laissent place \u00e0 un effort solidaire, que ce soit dans le bilat\u00e9ralisme institutionnel (coop\u00e9ration d\u2019\u00c9tat) ou le cadre associatif local. <\/p>\n<p>Christianisme peu hi\u00e9rarchique, sans pape, favorable au principe du sacerdoce universel des croyants, le protestantisme a nourri, plus souvent qu\u2019\u00e0 son tour, ces pens\u00e9es de la coop\u00e9ration. En son sein, l\u2019\u00e9conomiste fran\u00e7ais Charles Gide (1847-1932) en constitue l\u2019un des meilleurs avocats. Non content de promouvoir la responsabilisation des consommateurs et la libert\u00e9 d\u2019association (1), Charles Gide n\u2019a cess\u00e9, tout au long de sa vie, de plaider pour la coop\u00e9ration concr\u00e8te des travailleurs, via le mod\u00e8le de la coop\u00e9rative. C\u2019est principalement pour cette raison qu\u2019il est consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme un grand pr\u00e9curseur de l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire, devenue tardivement \u00e0 la mode. Autour de l\u2019\u00c9cole de N\u00eemes, Charles Gide va promouvoir, d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, un mouvement coop\u00e9ratif fran\u00e7ais et francophone au sein duquel plusieurs intellectuels et militants protestants vont s\u2019investir, comme Auguste Fabre ou Edouard de Boyve (2). L\u2019id\u00e9e principale est de favoriser un travail solidaire et coordonn\u00e9 qui permette une r\u00e9partition plus juste du fruit de l\u2019effort, contrecarrant la rapacit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me bas\u00e9 sur le profit pour le profit. Il rejette \u00e0 la fois l\u2019\u00e9tatisme (qui d\u00e9responsabilise les individus) et le capitalisme d\u00e9r\u00e9gul\u00e9 (qui atomise la soci\u00e9t\u00e9).<\/p>\n<p>Au fil de sa remarquable carri\u00e8re universitaire en France, couronn\u00e9e de maintes distrinctions, Charles Gide a construit une r\u00e9flexion tr\u00e8s approfondie, nourrie de lectures inlassables et d\u2019une curiosit\u00e9 presque sans limite. Esprit tourn\u00e9 vers les vastes horizons, ils s\u2019est pench\u00e9 sur toutes les formes et exp\u00e9riences coop\u00e9ratives, en se riant des fronti\u00e8res. La consultation des donn\u00e9es propos\u00e9es aujourd\u2019hui par l\u2019Association Charles Gide (http:\/\/www.charlesgide.fr\/) permet d\u2019en avoir un bel aper\u00e7u. D\u00e9nu\u00e9 de sectarisme confessionnel, Charles Gide portait par exemple une certaine admiration pour l\u2019exp\u00e9rience des r\u00e9ductions du Paraguay, o\u00f9 durant plusieurs d\u00e9cennies, jusqu\u2019en 1753, les J\u00e9suites ont r\u00e9ussi \u00e0 mettre en place, avec les indiens Guarani, des coop\u00e9ratives agricoles remarquables. Charles Gide \u00e9crit \u00e0 ce sujet :<\/p>\n<p>\u00ab (..) La coop\u00e9ration se distingue du communisme en ce que chacun a sa part du revenu. Mais quant \u00e0 la terre, le r\u00e9gime coop\u00e9ratif n\u2019implique pas n\u00e9cessairement la propri\u00e9t\u00e9 individuelle. Elle n\u2019existait pas dans les colonies du Paraguay. Les terres et les maisons n\u2019\u00e9taient conc\u00e9d\u00e9es qu\u2019en jouissance; elles \u00e9taient conc\u00e9d\u00e9es gratuitement, mais les possesseurs n\u2019avaient droit \u00e0 la terre qu\u2019autant qu\u2019ils la cultivaient r\u00e9ellement, ou, pour la maison, autant qu\u2019ils l\u2019habitaient. En-dehors de ces terres partag\u00e9es ainsi entre les individus par des lotissements, il y avait de grands espaces de terre, qui, ceux-l\u00e0), \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s pour la communaut\u00e9. Ces r\u00e9serves avaient pour destination de servir aux besoin des indigents, des veuves, des vieillards, des orphelins, de ceux qui, pour une raison quelconque, ne pouvaient pas travailler \u00bb (3).<\/p>\n<p><strong>Un mod\u00e8le coop\u00e9ratif responsabilisant et solidaire<br \/>\n<\/strong><br \/>\nCharles Gide ne cache pas sa sympathie pour un tel mod\u00e8le coop\u00e9ratif, qui responsabilise l\u2019individu sans oublier la solidarit\u00e9, en parculier pour ceux et celles qui ne peuvent contribuer \u00e0 la production de richesses. En parlant du mod\u00e8le coop\u00e9ratif au Paraguay, Charles Gide pense aussi aux colonies fran\u00e7aises\u2026 Favorable sans ambiguit\u00e9 au \u00ab devoir colonial \u00bb, il s\u2019interroge de plus en plus, au cours de son itin\u00e9raire intellectuel, sur les d\u00e9rives du \u00ab droit du plus fort \u00bb, et cherche \u00e0 promouvoir la responsabilisation et la coop\u00e9ration des \u00ab indig\u00e8nes \u00bb. En d\u00e9veloppant cette approche en partie visionnaire, Charles n\u2019a pas toujours port\u00e9 son protestantisme en bandouli\u00e8re, loin de l\u00e0. Mais une lecture attentive de son oeuvre montre qu\u2019il est impossible de comprendre d\u2019o\u00f9 vient sa pens\u00e9e si l\u2019on \u00e9limine la r\u00e9f\u00e9rence protestante.<\/p>\n<p>Les plaidoyers que l\u2019on lit de plus en plus aujourd\u2019hui en faveur d\u2019une \u00ab coop\u00e9ration d\u00e9centralis\u00e9e et \u00e9conomie sociale et solidaire \u00bb (4) dans les pays du Sud, notamment au Sahel, s\u2019ancrent dans une vision du monde o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 n\u2019est pas pyramidale : elle se construit par le bas, via un sacerdoce universel des talents qui pose comme principe la libert\u00e9 de conscience et d\u2019initiative solidaire de chaque individu \/ travailleur : des traits typiquement ancr\u00e9s dans l\u2019anthropologie protestante qui a model\u00e9 la pens\u00e9e de Charles Gide.<\/p>\n<p>(1) Voir, sur le Fil-info Francophonie de Regardsprotestants, les deux volets pr\u00e9c\u00e9dents de notre s\u00e9rie en quatre volets sur Charles Gide.<\/p>\n<p>(2) Voir la notice \u00ab Charles Gide \u00bb du <em>Mus\u00e9e Virtuel du Protestantisme<\/em> (http:\/\/www.museeprotestant.org\/notice\/charles-gide)<\/p>\n<p>(3) Charles Gide, <em>Les colonies communistes et coop\u00e9ratives : 1927-28<\/em>, Paris, 1928, p.66.<\/p>\n<p>(4) Isabelle C\u00e9l\u00e9rier, <em>L\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire, un atout pour la coop\u00e9ration d\u00e9centralis\u00e9e<\/em>, Paris, rapport Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement (AFD), 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vive les coop\u00e9ratives ! 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