{"id":420,"date":"2017-11-27T20:08:08","date_gmt":"2017-11-27T20:08:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=420"},"modified":"2018-06-25T08:14:21","modified_gmt":"2018-06-25T08:14:21","slug":"rappeurs-francophones-protestants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=420","title":{"rendered":"Rappeurs, francophones, protestants"},"content":{"rendered":"<p><em>De la louange, du rap engag\u00e9 et de la pr\u00e9dication&#8230; Quel est donc ce rap chr\u00e9tien qui p\u00e9n\u00e8tre aujourd&rsquo;hui les milieux de la francophonie protestante ? <\/em><\/p>\n<p>En ce dimanche soir de d\u00e9but novembre 2017 la fatigue et les soucis du cr\u00e9puscule commencent \u00e0 tomber sur les Parisiens. Il faut songer au lundi qui vient. Mais quelques protestants \u00e9vang\u00e9liques d\u00e9fient l\u2019horloge et se r\u00e9unissent entre Malakoff et Montrouge pour un culte tardif. Dans cette \u00e9glise proph\u00e9tique d\u2019expression africaine, tout le monde est bienvenu. Apr\u00e8s quelques chants, un homme s\u2019avance, puis un autre. Ils slamment, ils rappent. Leur nom de sc\u00e8ne ? BigTy et Armel le psalmiste. Leurs textes, longs et engag\u00e9s, percutent la salle, qui r\u00e9agit et rench\u00e9rit. Les instrumentistes pr\u00e9sents improvisent un accompagnement. Cela commence doucement, puis \u00e7a marche fort ! A la fin de la soir\u00e9e, certains ont deux heures de route pour rallier leur domicile. Mais ce n\u2019est pas grave. Le fondu-encha\u00een\u00e9 de la louange, du rap engag\u00e9 et de la pr\u00e9dication les ont motiv\u00e9s.  Quel est donc ce rap chr\u00e9tien qui p\u00e9n\u00e8tre aujourd\u2019hui les milieux de la francophonie protestante ? Trois caract\u00e9ristiques le f\u00e9d\u00e8rent : il est urbain, transfronti\u00e8re et proph\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong>Urbain<br \/>\n<\/strong><br \/>\nDepuis Kamini est son cultissime \u00ab Marly Gaumont \u00bb (2006-7) qui acclimate le rap \u00e0 la campagne picarde, on sait que les enfants du hip-hop ne d\u00e9daignent pas toujours les champs. Mais c\u2019est dans les villes que ce genre musical, n\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1970, s\u2019\u00e9panouit le mieux. Le Gospel puise ses r\u00e9f\u00e9rences dans une g\u00e9ographie tr\u00e8s vari\u00e9e o\u00f9 la nature et le d\u00e9sert ont toute leur place. Le rap pr\u00e9f\u00e8re quant \u00e0 lui le b\u00e9ton et le bitume, tout comme le slam, son jeune cousin. De Kossi \u00e0 M\u00e9shak en passant par Manou Bolomik, BigTy ou Leader Vocal, les groupes et interpr\u00e8tes qui animent aujourd\u2019hui l\u2019espace protestant francophone d\u2019un rap chr\u00e9tien naissant s\u2019inspirent d\u2019abord de l\u2019exp\u00e9rience citadine. Des paroles plus que de la musique, du rythme plus que de la m\u00e9lodie, et une pr\u00e9dilection pour les banlieues populaires, dont les rappeurs sont pour la plupart du temps issus. Pour les bijoux de po\u00e9sie et d\u2019inspiration cr\u00e9\u00e9s par les rappeurs, Ouagadougou, Bruxelles, Abidjan, Paris ou Toulouse sont des \u00e9crins de choix.<\/p>\n<p><strong>Transfronti\u00e8re<br \/>\n<\/strong><br \/>\nUne autre caract\u00e9ristique f\u00e9d\u00e9ratrice du genre est de se moquer des fronti\u00e8res. Ce n\u2019est pas un hasard si l\u2019on parle souvent de \u00ab rap-culture \u00bb[1] soud\u00e9e par une forme de \u00ab r\u00e9sistance sonore \u00bb face aux discours de r\u00e9signation. la rap-culture d\u00e9signe une r\u00e9alit\u00e9 qui ne d\u00e9pend pas des fronti\u00e8res nationales, mais qui englobe un milieu transfronti\u00e8re qui partage les m\u00eames codes musicaux, langagiers, th\u00e9matiques, vestimentaires. Les m\u00e9langes et partages sont multiples. Ils vont du griot africain au urban Gospel d\u2019Am\u00e9rique du Nord. Le rap est un creuset qui sait absorber et m\u00ealer les diff\u00e9rences. Dans les Cara\u00efbes, en Afrique de l\u2019Ouest, en Europe francophone, une fragile sc\u00e8ne rap fid\u00e9lise ainsi depuis quelques ann\u00e9es un public francophone transcontinental. Moins m\u00fbr que celui du Gospel, ce \u00ab march\u00e9 \u00bb n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses balbutiements, et la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des interpr\u00e8tes ne vivent pas de leur art. Mais les groupes se d\u00e9veloppent. Au moins une cinquantaine en France, la moiti\u00e9 outre Altantique dans un Qu\u00e9bec francophone qui \u00e9coute aussi du rap \u00e9vang\u00e9lique anglophone. En Afrique centrale et de l\u2019Ouest, tout reste \u00e0 faire pour partir \u00e0 la d\u00e9couverte des centaines d\u2019ensembles et solistes qui rappent l\u2019espoir et la col\u00e8re d\u2019une jeunesse francophone en qu\u00eate de perspectives.<\/p>\n<p>Ces liens transfronti\u00e8res (mais aussi transconfessionnels) n\u2019emp\u00eachent pas les rivalit\u00e9s, d\u2019autant plus \u00e2pres parfois que le march\u00e9 du rap chr\u00e9tien, n\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990, reste tr\u00e8s restreint. Et beaucoup s\u2019interrogent : comment la v\u00e9h\u00e9mence du rappeur s\u2019accommode de l\u2019Evangile de Paix ?<\/p>\n<p><strong>Proph\u00e9tique<br \/>\n<\/strong><br \/>\nV\u00e9h\u00e9mence et Evangile, incompatibles ? Les rappeurs chr\u00e9tiens plaident pour l\u2019articulation au nom d\u2019un appel proph\u00e9tique. C\u2019est Jean-Paul Chabrol, historien des petits proph\u00e8tes c\u00e9venols[2], qui en a eu le premier l\u2019intuition, lors d\u2019une intervention donn\u00e9e lors de l\u2019Assembl\u00e9e du D\u00e9sert 2003 au Mas Soubeyran. Il osa alors la comparaison entre la v\u00e9h\u00e9mence camisarde, hors de toute r\u00e9gulation institutionnelle, et le rap urbain d\u2019aujourd\u2019hui. M\u00eame col\u00e8re sourde, m\u00eame esp\u00e9rance, m\u00eame protestation port\u00e9e par un verbe g\u00e9n\u00e9reux et puissant. Car le rap, c\u2019est surtout cela ! Des paroles en abondance, un phras\u00e9 saccad\u00e9 et travaill\u00e9 (flow), et des contenus consistants (quels textes !), sans commune mesure avec la plupart des chansons format\u00e9es pour le Top 50. Anna Cuomo, qui a \u00e9tudi\u00e9 les rappeurs de Ouagadougou (Burkina Faso), explique combien les productions de ce rap local s\u2019articulent aux enjeux sociaux[3]. A la vie quotidienne. Parce qu\u2019ils parlent de questions br\u00fblantes du quotidien, les rappeurs labellis\u00e9s chr\u00e9tiens sont en prise directe avec un \u00ab peuple protestant \u00bb que beaucoup d\u2019\u00e9lites, de th\u00e9ologiens, de professeurs ou de pasteurs ne toucheront jamais. Quand ils \u00e9chappent au rouleau compresseur de l\u2019industrie du divertissement, ils parviennent se faire proph\u00e9tiques. Hors institution, hors magist\u00e8re, hors \u00e9coles de musique, ils percutent, entrent en tension avec l\u2019ordre \u00e9tabli et les discours de r\u00e9signation. Une dynamique proph\u00e9tique au nom d\u2019une r\u00e9volte pacifique qui n\u2019oublie pas cette confiance que la Gr\u00e2ce peut donner : col\u00e8re et craintes ne sont pas une fin en soi, car s\u2019ouvre l\u2019horizon d\u2019une promesse ancr\u00e9e dans la certitude que \u00ab le King m\u2019a valid\u00e9 \u00bb[4].<\/p>\n<p>[1] Lire entre autres le volumineux J\u00e9r\u00e9mie Kroubo Dagnini, <em>Musiques noires: L\u2019Histoire d\u2019une r\u00e9sistance sonore<\/em>. Camion Blanc: 2016, qui contient de nombreux articles sur le rap en Europe, au Cameroun, dans les Cara\u00efbes.<\/p>\n<p>[2] Jean-Paul Chabrol, <em>Le proph\u00e9tisme huguenot en quarante questions<\/em>, Paris, Alcide, 2015.<\/p>\n<p>[3] Anna Cuomo, \u00ab Rap et blackness \u00bb, <em>Politique Africaine<\/em>, 2014\/4, n\u00b0136, p.41-60.<\/p>\n<p>[4] BigTy et Markis, \u00ab Le King m\u2019a valid\u00e9 \u00bb, rap mis en ligne en vid\u00e9o en 2016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la louange, du rap engag\u00e9 et de la pr\u00e9dication&#8230; Quel est donc ce rap chr\u00e9tien qui p\u00e9n\u00e8tre aujourd&rsquo;hui les milieux de la francophonie protestante ? En ce dimanche soir de d\u00e9but novembre 2017 la fatigue et les soucis du cr\u00e9puscule commencent \u00e0 tomber sur les Parisiens. Il faut songer au lundi qui vient. Mais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":421,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[28,27,3,26,2],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/420"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=420"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/420\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":422,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/420\/revisions\/422"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=420"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=420"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=420"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}