{"id":377,"date":"2018-02-22T15:48:23","date_gmt":"2018-02-22T15:48:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=377"},"modified":"2018-06-25T08:09:41","modified_gmt":"2018-06-25T08:09:41","slug":"billy-graham-lhomme-qui-etonna-leurope-francophone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=377","title":{"rendered":"Billy Graham, l\u2019homme qui \u00e9tonna l\u2019Europe francophone"},"content":{"rendered":"<p><em>Figure religieuse la plus populaire aux Etats-Unis depuis 1945, le pasteur anglophone a aussi impact\u00e9 la francophonie d\u00e8s les ann\u00e9es 50. Premier volet de ce diptyque. <\/em><\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9vang\u00e9liste et pasteur baptiste Billy Graham a tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence dans sa 100e ann\u00e9e, le mercredi 21 f\u00e9vrier 2018.  Il a parfois \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9 chapelain de l\u2019Am\u00e9rique ou pape protestant[1]. Il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00e0 61 reprises parmi les 10 personnes les plus aim\u00e9es des Am\u00e9ricains, selon le sondage Gallup annuel (record absolu). Via de grandes croisades d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation conduites dans le monde entier, il a pr\u00each\u00e9 en personne devant plus de 210 millions d\u2019individus, dans 185 pays. <\/p>\n<p>Billy Graham s\u2019est rendu en France d\u00e8s 1946 avec l\u2019organisation Youth For Christ. Cap sur les conversions ! A l\u2019occasion d\u2019un passage \u00e0 Paris, Billy et son \u00e9pouse Ruth sont \u201ctr\u00e8s surpris d\u2019apprendre que la Bastille avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite quelque 150 ans auparavant\u201d car ils avaient \u201cl\u2019intention de la visiter !\u201d, raconte l\u2019\u00e9vang\u00e9liste, sans craindre le ridicule, dans son autobiographie[2].<\/p>\n<p>\u00c0 la r\u00e9union de d\u00e9cembre 1946 au Foyer de Belleville, on compte \u00e0 peine quarante personnes. On est tr\u00e8s loin des 100.000 auditeurs cumul\u00e9s qu\u2019il rassembla exactement 40 ans plus tard \u00e0 Bercy. \u00c0 N\u00eemes, l\u2019effectif est le m\u00eame, lors des deux premi\u00e8res r\u00e9unions qui s\u2019y tiennent. De petits d\u00e9buts. Mais des contacts se cr\u00e9ent, des rencontres se font, des jalons sont marqu\u00e9s. L\u2019\u00e9vang\u00e9liste am\u00e9ricain explicite alors ce qui restera toujours son leitmotiv : la conversion \u00e0 J\u00e9sus-Christ, vecteur de pardon et de vie nouvelle.<\/p>\n<p><strong>Des Suisses, des Belges, des Fran\u00e7ais au Palais de Chaillot<br \/>\n<\/strong><br \/>\nQuelques ann\u00e9es plus tard, Graham est devenu une star aux Etats-Unis. Les protestants d\u2019Europe et de francophonie souhaitent alors l\u2019inviter. Une rencontre pr\u00e9paratoire a lieu en 1954, \u00e0 la suite d\u2019une \u00ab croisade \u00bb d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation de Graham en Angleterre. 2700 pasteurs venus de Suisse, de Belgique et de France viennent l\u2019\u00e9couter le 30 juin 1954 au Palais de Chaillot. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019\u00e9clate une campagne de presse : on met en cause l\u2019\u00e9vang\u00e9liste pour un propos tenu \u00e0 Francfort, comparant la France \u00e0 une \u201cmontre dont le ressort est cass\u00e9\u201d. Cette agitation m\u00e9diatique n\u2019emp\u00eacha pas la campagne projet\u00e9e d\u2019avoir lieu en France, un an plus tard. Elle se d\u00e9ploie du 5 au 9 juin 1955, dans le cadre parisien prestigieux du Vel d\u2019Hiv o\u00f9 se d\u00e9roulent aussi les six jours de Paris cyclistes. Une moyenne de 8000 spectateurs fran\u00e7ais se pressent chaque soir pour \u00e9couter le preacher boy, et 2000 \u201cd\u00e9cisions\u201d se manifestent, suscitant curiosit\u00e9 et multiples commentaires. En France, une seconde campagne a lieu ensuite en France \u00e0 la Porte de Clignancourt (Paris) puis en r\u00e9gion en mai 1963, puis une troisi\u00e8me au Palais omnisports de Bercy, entre le 20 et le 27 septembre 1986.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Billy plus fort que Johnny \u00bb<br \/>\n<\/strong><br \/>\nCes \u00e9v\u00e9nements de masse, organis\u00e9s en vue de conversions \u00e0 J\u00e9sus-Christ, ont secou\u00e9 l\u2019Europe et la francophonie. En 1955, Herv\u00e9 Terrane, dans Paris Presse L\u2019intransigeant, ne cache pas son \u00e9tonnement : \u201cDix mille personnes se taisaient, vieilles femmes, jeunes gens, soldats de l\u2019U.S. Army, modestes travailleurs, cols durs, salutistes en chapeau cloche ou casquettes, Am\u00e9ricains n\u00e9glig\u00e9s, Anglais s\u00e9v\u00e8res, Belges couperos\u00e9s, Fran\u00e7ais de province. Cette foule recueillie t\u00e9moignait d\u2019une ferveur tr\u00e8s \u00e9mouvante \u00bb. Lors de la grande campagne suivante, en 1963, cet article de La Nation, du 14 mai 1963, exprime la m\u00eame fascination devant l\u2019attraction exerc\u00e9e par Graham. Sous le titre \u00ab Billy est plus fort que Johnny \u00bb, on peut lire les commentaires suivants : \u201cUne grande jeune fille, un noir hirsute et crisp\u00e9, une femme en transes, une bourgeoise en m\u00e9ditation,   une vieille en larmes : voil\u00e0 ce que Billy obtient au m\u00e8tre carr\u00e9 de public et rien qu\u2019en parlant du Bon Dieu. De quoi faire p\u00e2lir Johnny de jalousie \u00bb.<\/p>\n<p>Tous les observateurs ne sont pas aussi bienveillants. Dans le quotidien L\u2019Humanit\u00e9, on stigmatise \u00ab l\u2019\u00e9vang\u00e9lisateur atomique \u00bb Billy Graham, qui est point\u00e9 comme agent de l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain. Dans un article de juin 1955, Andr\u00e9 Wurmser affirme: \u201cSi j\u2019\u00e9tais chr\u00e9tien et que je rencontre le nomm\u00e9 Billy Graham seulement 5 minutes, il passerait un mauvais quart d\u2019heure\u201d (sic). \u201cVoil\u00e0 une entreprise \u00e9trang\u00e8re qui ne cache pas ses buts politiques, qui est men\u00e9e \u00e0 coup de milliards par un successeur de Barnum, et qui pr\u00e9tend utiliser les sentiments de certains de nos compatriotes \u00e0 garantir la s\u00e9curit\u00e9 des capitalistes am\u00e9ricains : n\u2019y a-t-il pas de quoi \u00e9prouver des d\u00e9mangeaisons dans la pointe des pieds?\u201d On rejoint ici ce qu\u2019affirme Roland Barthes dans Mythologies, o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais voit dans la campagne du Vel d\u2019Hiv un \u00ab \u00e9pisode maccarthyste \u00bb encourag\u00e9 par Eisenhower, rien de moins !<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat Karl Barth \/ Billy Graham<\/p>\n<p>En 1986, L\u2019Humanit\u00e9 titre encore sur \u201cBilly Graham : un int\u00e9griste pour l\u2019exportation \u00bb, mais le ton se fait moins moqueur. La presse francophone d\u2019Europe s\u2019est familiaris\u00e9e avec le style du pr\u00e9dicateur, dont l\u2019endurance et l\u2019ir\u00e9nisme impressionnent. La m\u00eame \u00e9volution s\u2019observe en Belgique (campagne Graham en 1974 \u00e0 Bruxelles) et en Suisse (campagnes \u00e0 Z\u00fcrich et Gen\u00e8ve en 1955, Berne Z\u00fcrich, B\u00e2le, Lausanne 1960). Apr\u00e8s des r\u00e9actions de crainte et de m\u00e9pris, le ton, peu \u00e0 peu, s\u2019adoucit. Avec des questions persistantes sur le pros\u00e9lytisme. Est-il bien raisonnable d\u2019appeler les Europ\u00e9ens \u00e0 la conversion chr\u00e9tienne, \u00e0 l\u2019heure de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et du s\u00e9cularisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ? Beaucoup de protestants francophones eux-m\u00eames se sont interrog\u00e9s, \u00e0 l\u2019image du th\u00e9ologien helv\u00e9tique Karl Barth, qui rencontra l\u2019\u00e9vang\u00e9liste am\u00e9ricain pour en discuter. Cette rencontre se produisit durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1960, \u00e0 Montreux (Suisse), sur les hauteurs du lac de Gen\u00e8ve. Les deux hommes \u00e9taient chacun fort d\u00e9sireux de se comprendre et de s\u2019entendre. Lors d\u2019une longue promenade en montagne, Karl Barth proposa \u00e0 son homologue d\u2019organiser une campagne d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation en plein air \u00e0 B\u00e2le, sa ville natale. Mais il se serait aussit\u00f4t excus\u00e9 par avance de la faible assistance pr\u00e9visible. Graham lui aurait r\u00e9pondu qu\u2019au contraire, \u201cil y aurait beaucoup de monde et qu\u2019\u00e0 la fin de la r\u00e9union\u201d, il ferait un appel \u00e0 la \u00ab conversion \u00bb. Karl Barth r\u00e9pliqua en pr\u00e9venant Graham que personne ne s\u2019avancerait. La r\u00e9union d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation fut organis\u00e9e, et plusieurs centaines de personnes s\u2019avanc\u00e8rent au moment de l\u2019appel, selon Graham (sur 15.000 personnes pr\u00e9sentes).<\/p>\n<p>Se retrouvant apr\u00e8s la manifestation, Barth et Graham poursuivirent leur \u00e9change. Karl Barth aurait alors fait remarquer : \u201cJe suis enti\u00e8rement d\u2019accord avec votre sermon, mais je n\u2019ai pas appr\u00e9ci\u00e9 lorsque vous avez dit : il faut na\u00eetre de nouveau. Pourriez-vous changer ce mot ?\u201d R\u00e9ponse imm\u00e9diate de Graham : \u201cnon, car il est biblique\u201d. Barth le reconnut, mais demeura sceptique sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019appel. Dans ce d\u00e9bat, le th\u00e9ologien zurichois Emil Brunner (1889-1966) aurait quant \u00e0 lui pris parti pour Graham, approuvant aussi bien la technique de l\u2019appel \u00e0 s\u2019avancer que la formulation employ\u00e9e : \u201cNe faites pas attention aux remarques de Barth. Utilisez toujours le mot faut dans vos pr\u00e9dications. Il faut que tout homme naisse de nouveau\u201d. Echanges r\u00e9v\u00e9lateurs de l\u2019\u00e9tonnement qu\u2019a provoqu\u00e9 Billy Graham en Europe francophone : entre suggestion, proposition, invitation ou injonction, il a fait monter la temp\u00e9rature et tourner le curseur, avec un seul but : la conversion \u00e0 J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>[1] Billy Graham, Tel que je suis,  Eternity Publishing House, 1997, p.122.<\/p>\n<p>[2] S\u00e9bastien Fath, Billy Graham, pape protestant ? Paris, Albin Michel, 2002.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Figure religieuse la plus populaire aux Etats-Unis depuis 1945, le pasteur anglophone a aussi impact\u00e9 la francophonie d\u00e8s les ann\u00e9es 50. Premier volet de ce diptyque. Le t\u00e9l\u00e9vang\u00e9liste et pasteur baptiste Billy Graham a tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence dans sa 100e ann\u00e9e, le mercredi 21 f\u00e9vrier 2018. Il a parfois \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9 chapelain de l\u2019Am\u00e9rique ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":378,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[15,3,2],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/377"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=377"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/377\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":379,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/377\/revisions\/379"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/378"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=377"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=377"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=377"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}