{"id":315,"date":"2015-12-01T14:33:43","date_gmt":"2015-12-01T14:33:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=315"},"modified":"2018-06-20T14:44:18","modified_gmt":"2018-06-20T14:44:18","slug":"le-burkina-faso-apres-les-elections-concorde-coutumiere-et-minorite-protestante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=315","title":{"rendered":"Le Burkina Faso apr\u00e8s les \u00e9lections : \u00ab Concorde coutumi\u00e8re \u00bb et minorit\u00e9 protestante"},"content":{"rendered":"<p>Le Burkina Faso, \u00ab\u00a0pays des hommes int\u00e8gres\u00a0\u00bb revient de loin : 27 ann\u00e9es de Blaise Compaor\u00e9, coup d&rsquo;Etat d\u00e9jou\u00e9&#8230; Analyse de la situation apr\u00e8s le vote de dimanche dernier. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s 27 ann\u00e9es de r\u00e9gime du pr\u00e9sident d\u00e9chu Blaise Compaor\u00e9 (prot\u00e9g\u00e9 de la France), et quelques semaines seulement apr\u00e8s un coup d\u2019Etat d\u00e9jou\u00e9, sans verser de sang, la population est all\u00e9e voter dans le calme, dimanche 29 novembre 2015. Rien n\u2019a perturb\u00e9 ce scrutin \u00e0 haute tension. Des millions de citoyennes et citoyens r\u00e9partis dans 368 communes, certains brandissant fi\u00e8rement leur carte d\u2019\u00e9lecteur, sont all\u00e9s choisir leur nouveau pr\u00e9sident. Le lendemain, 30 novembre, la tendance se dessine en faveur de Roch Marc Kabor\u00e9, du Mouvement du peuple pour le progr\u00e8s (MPP), ancien premier ministre de Comparo\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Dans compromis, il y a promesse \u00bb<br \/>\n<\/strong><br \/>\nUne grande \u00e9tape ! Mais l\u00e0 n\u2019est pas le plus important. Ce qui force l\u2019admiration dans ce processus de transition d\u00e9mocratique, amorc\u00e9 apr\u00e8s la seconde r\u00e9volution burkinab\u00e9 d\u2019octobre-novembre 2014 qui a chass\u00e9 Blaise Comparo\u00e9 du pouvoir, c\u2019est le caract\u00e8re profond\u00e9ment pacifique de la gestion des tensions. La forte conflictualit\u00e9 des enjeux aurait pu, dans beaucoup d\u2019autres contextes nationaux, d\u00e9boucher sur une guerre civile violente. Ici, elle n\u2019a pas fait couler le sang du peuple. On s\u2019est pourtant approch\u00e9 parfois de situations aux limites de la guerre, comme lors du coup d\u2019Etat manqu\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral Diend\u00e9r\u00e9, en septembre 2015. Mais les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile et politique burkinab\u00e9 ont su conserver l\u2019aptitude au dialogue, le sens de la n\u00e9gociation, le souci de la paix civile et de la concorde.  Dans compromis, il y a \u00ab promesse \u00bb, rappelait r\u00e9cemment le pasteur fran\u00e7ais Michel Bertrand dans les colonnes de l\u2019hebdomadaire R\u00e9forme (1). Cette promesse de paix qui fleurit dans le dialogue aurait-elle a trouv\u00e9, au Burkina Faso, une terre d\u2019\u00e9lection ? Mais pourquoi donc ?<\/p>\n<p>Cet Etat d\u2019Afrique sub-saharienne peupl\u00e9 de 17 millions d\u2019habitants n\u2019est pourtant pas parmi les mieux lotis. Cette ancienne colonie fran\u00e7aise (jadis Haute Volta)  vibre d\u2019une jeunesse entreprenante confront\u00e9e aux difficiles d\u00e9fis du d\u00e9veloppement. Le pays, d\u00e9pourvu de ressources naturelles \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e, fait partie des dix plus pauvres du monde selon les crit\u00e8res de l\u2019ONU. L\u2019Etat, bien pr\u00e9sent, mais fragile, a connu des vicissitudes post-coloniales partag\u00e9es entre fran\u00e7afrique et aspirations r\u00e9volutionnaires, via la figure h\u00e9ro\u00efque de Thomas Sankara (1949-1987).<\/p>\n<p>C\u2019est sans doute du c\u00f4t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile burkinab\u00e9, des civilit\u00e9s communautaires et de solidarit\u00e9s locales, qu\u2019il faut trouver un des ingr\u00e9dients majeurs de l\u2019aptitude au compromis pacifique de la population. La religion joue, dans ces dispositifs, un r\u00f4le central, tant la pratique religieuse est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans le pays, et s\u2019accompagne d\u2019un fort encadrement social. L\u2019islam mal\u00e9kite, qui rassemblerait environ 60% de la population, a connu une progression importante au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es; c\u2019est aussi le cas du protestantisme \u00e9vang\u00e9lique, principalement dans sa version pentec\u00f4tiste, qui rassemblerait fin 2015 environ 10% de la population. Le catholicisme, qui f\u00e9d\u00e8re un peu moins de 20% de la population, est en recul, \u00e0 l\u2019image des religions traditionnelles dont les formes exclusives regrouperaient environ 15% de la population (l\u2019animisme transversal restant plus r\u00e9pandu). <\/p>\n<p><strong>\u00ab Modernit\u00e9 ins\u00e9curis\u00e9e \u00bb et mont\u00e9e du pentec\u00f4tisme<br \/>\n<\/strong><br \/>\nAu-del\u00e0 des r\u00e9partitions confessionnelles, ce qui frappe est le caract\u00e8re religieusement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de la quasi totalit\u00e9 des 63 ethnies principales du pays, en dehors des Peuls et des Dioulas (tr\u00e8s majoritairement musulmans). Ce qui veut dire que le dialogue inter-religieux et inter-culturel fait partie du quotidien de la grande majorit\u00e9 de la population. Et les nouveaux convertis, notamment au sein du pentec\u00f4tisme, en plein essor, ne d\u00e9rogent pas \u00e0 ce sens de la \u00ab concorde coutumi\u00e8re \u00bb, fondement social du pays. L\u2019anthropologue Pierre-Joseph Laurent a ainsi montr\u00e9, dans une monographie remarquable, le r\u00f4le de ciment jou\u00e9 par les Assembl\u00e9es de Dieu dans un contexte de \u00ab modernit\u00e9 ins\u00e9curis\u00e9e \u00bb o\u00f9 l\u2019Etat est fragile.<\/p>\n<p>Loin de favoriser l\u2019hyper individualisme, les mouvements pentec\u00f4tistes du Burkina Faso encouragent l\u2019adaptation individuelle \u00e0 l\u2019initiative et la modernit\u00e9 \u00ab tout en maintenant intacts, autant que faire se peut, certains principes coutumiers d\u2019entraide \u00bb (2), et un certain souci de concorde sociale infus\u00e9 de spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne. Une tentative de synth\u00e8se in\u00e9dite, et efficace, selon l\u2019auteur, d\u2019autant plus qu\u2019elle met l\u2019accent sur la gu\u00e9rison des \u00ab affections du vivre-ensemble \u00bb. La rh\u00e9torique du \u00ab combat spirituel \u00bb peut certes \u00eatre violente : mais celle-ci s\u2019attaque \u00e0 la surnature, aux r\u00e9alit\u00e9s invisibles; le lien social communautaire, lui, est soigneusement cultiv\u00e9, consolid\u00e9 dans les sociabilit\u00e9s religieuses d\u2019un pays profond\u00e9ment pluriel. La figure du pasteur pentec\u00f4tiste Mamadou Karambiri, \u00e0 la t\u00eate de la plus grande \u00c9glise du Burkina (le Centre Internationl d\u2019Evang\u00e9lisation, \u00e0 Ouagadougou), est ainsi largement respect\u00e9e y compris dans la plupart des cercles musulmans, d\u2019o\u00f9 il est lui-m\u00eame issu\u2026 Hasard ou pas ? Le g\u00e9n\u00e9ralissime Pingrenoma Zagr\u00e9, h\u00e9ros national parvenu \u00e0 d\u00e9jouer sans effusion de sang le coup d\u2019Etat Diend\u00e9r\u00e9, \u00ab vient prier \u00bb dans l\u2019\u00c9glise pentec\u00f4tiste de Karambiri.<\/p>\n<p>(1) Michel Bertrand, \u00ab Dans compromis, il y a promesse \u00bb, R\u00e9forme, 5 novembre 2015.<\/p>\n<p>(2) Pierre-Joseph Laurent, Les pentec\u00f4tistes du Burkina Faso, Mariage, pouvoir et gu\u00e9rison, Paris, IRD, Khartala, 2003, p.212.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Burkina Faso, \u00ab\u00a0pays des hommes int\u00e8gres\u00a0\u00bb revient de loin : 27 ann\u00e9es de Blaise Compaor\u00e9, coup d&rsquo;Etat d\u00e9jou\u00e9&#8230; Analyse de la situation apr\u00e8s le vote de dimanche dernier. 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