{"id":230,"date":"2015-05-19T10:49:44","date_gmt":"2015-05-19T10:49:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=230"},"modified":"2015-08-03T10:55:51","modified_gmt":"2015-08-03T10:55:51","slug":"la-musique-religieuse-antillaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=230","title":{"rendered":"La musique religieuse antillaise"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une sp\u00e9cialiste de la question &#8211; Ruth Labeth &#8211; qui nous parle des mutations de la musique protestante \u00e9vang\u00e9lique cr\u00e9ole.<br \/>\nEntretien.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\nTitulaire d&rsquo;une th\u00e8se en ethno-musicologie sur la musique protestante \u00e9vang\u00e9lique cr\u00e9ole, auteure d&rsquo;un chapitre de l&rsquo;ouvrage <em>L&rsquo;Eglise, promesses et passerelles vers l&rsquo;interculturalit\u00e9?<\/em> (Excelsis, 2015),  Ruth Labeth nous en apprend davantage sur les mutations de l&rsquo;hymnologie antillaise.<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><em>La cr\u00e9olit\u00e9 est un vecteur externe d&rsquo;interculturalit\u00e9, par sa capacit\u00e9 \u00e0 atteindre des publics d&rsquo;autres horizons. Mais elle est aussi la r\u00e9sultante d&rsquo;une d\u00e9marche interculturelle. A quoi l&rsquo;entend-on dans la musique protestante cr\u00e9ole ?<\/em><\/p>\n<p>A quelques exceptions pr\u00e8s, la musique religieuse antillaise a longtemps \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image de ce que les recueils de cantiques d&rsquo;Europe proposaient. Depuis quelques ann\u00e9es, elle est en qu\u00eate d&rsquo;affirmation identitaire et cherche \u00e0 s&rsquo;enraciner dans un patrimoine afro-caribb\u00e9en, trop longtemps d\u00e9nigr\u00e9. Plut\u00f4t que de se refermer sur soi, la musique religieuse est aussi marqu\u00e9e de fluidit\u00e9 (\u00e9changes, transculturation, m\u00e9tissage) plus librement accept\u00e9e et recherch\u00e9e. Des ouvertures vers des sons caribb\u00e9ens (zouk, kompa, reggae, soul, ragga) ou d&rsquo;horizons plus lointains (rap, RnB), des contacts avec les \u00eeles voisines favorisent un processus de cr\u00e9olisation du sonore qui tend \u00e0 absorber la totalit\u00e9 du monde.<br \/>\n &nbsp;<\/p>\n<p><strong>Refrains \u00e9vang\u00e9liques cr\u00e9oles repris par les catholiques<\/strong><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><em>Le monde cr\u00e9ole francophone est tr\u00e8s marqu\u00e9 par le catholicisme ; par rapport \u00e0 ce r\u00e9f\u00e9rentiel, la musique cr\u00e9ole d&rsquo;expression protestante s&rsquo;est-elle \u00ab\u00a0pos\u00e9e en s&rsquo;opposant\u00a0\u00bb, ou a-t-elle incorpor\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments catholiques ?<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est plut\u00f4t l&rsquo;inverse qui s&rsquo;est v\u00e9rifi\u00e9. Sur le plan linguistique, l&rsquo;utilisation de la langue cr\u00e9ole dans l&rsquo;office religieux (pr\u00e9dication, chants) a d\u00e9but\u00e9 chez les protestants \u00e9vang\u00e9liques, notamment \u00e0 l&rsquo;occasion de campagnes d&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation. Les refrains compos\u00e9s en cr\u00e9ole \u00e0 cette occasion ont \u00e9t\u00e9 repris ensuite par des groupes de chants des \u00c9glises catholiques (et non l&rsquo;inverse). A contrario, certains instruments de la culture traditionnelle cr\u00e9ole (tambour, cha-cha, ti-bwa&#8230;) ont fait leur premi\u00e8re apparition sur la sc\u00e8ne religieuse, au sein des communaut\u00e9s catholiques. <\/p>\n<p>Il est ind\u00e9niable que les mentalit\u00e9s changent. Les hostilit\u00e9s ouvertes entre communaut\u00e9s de confessions diff\u00e9rentes (catholiques versus \u00e9vang\u00e9liques) appartiennent \u00e0 une \u00e9poque r\u00e9volue. Aujourd&rsquo;hui, on tente de se comprendre et d&rsquo;int\u00e9grer dans sa propre pratique liturgique ce qui chez l&rsquo;autre peut venir nous enrichir. <\/p>\n<p> &nbsp;<br \/>\n<strong>R\u00e9conciliation avec son \u00ab\u00a0corps\u00a0\u00bb culturel<\/strong><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><em>Vous soulignez la corpor\u00e9it\u00e9 de la musique cr\u00e9ole chr\u00e9tienne. Comment cette dimension incarn\u00e9e s&rsquo;articule-t-elle avec le clich\u00e9 de la rigidit\u00e9 protestante ?<\/em><\/p>\n<p>D\u00e8s les d\u00e9buts de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation, la rigidit\u00e9 protestante appara\u00eet d&rsquo;une part dans la facture des cantiques que les missionnaires enseignaient aux fid\u00e8les, c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00e9criture strophique, syllabique et homorythmique de type choral protestant, et d&rsquo;autre part dans une spiritualit\u00e9 chant\u00e9e pos\u00e9e et contenue, c&rsquo;est-\u00e0-dire une quasi absence d&rsquo;expressivit\u00e9 gestuelle. Mais tr\u00e8s rapidement le chr\u00e9tien \u00e9vang\u00e9lique adapte ces chants \u00e0 sa propre sensibilit\u00e9 musicale, identifi\u00e9e par une rythmique plus marqu\u00e9e et syncop\u00e9e : une acclimatation qui s&rsquo;organise, dira le sociologue guadeloup\u00e9en J.-C. Girondin, \u00ab de mani\u00e8re inconsciente, involontaire et informelle, le \u201cmawonisme\u201d (la r\u00e9bellion des esclaves), comme refus des cultures europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaine des protestants antillais en Guadeloupe \u00bb. <\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, plus que jamais, encourag\u00e9 par le contexte d&rsquo;\u00e9mancipation identitaire et de r\u00e9habilitation de musiques traditionnelles h\u00e9rit\u00e9es des esclaves (le B\u00e8l\u00e8 en Martinique, le Gwo-ka en Guadeloupe), le chr\u00e9tien entame une d\u00e9marche de r\u00e9conciliation avec son propre corps \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb, car ainsi que l&rsquo;\u00e9crit \u00c9douard Glissant, dans son Discours Antillais, \u00ab l\u2019oral est ins\u00e9parable du bouger du corps. L\u00e0 le dit est inscrit non seulement dans la posture qui le favorise, [&#8230;] mais encore dans les \u00e9volutions presque s\u00e9maphoriques par quoi le corps suppose ou supporte le dit. Le vocal puise dans la posture et peut-\u00eatre s&rsquo;y \u00e9puise. \u00bb Le chr\u00e9tien des Antilles ne peut se d\u00e9poss\u00e9der de son corps quand il chante. Ainsi, l&rsquo;une des manifestations les plus reconnues de cette corpor\u00e9it\u00e9 est une plus grande expressivit\u00e9 gestuelle que les dirigeants tol\u00e8rent pour certains, encouragent pour d&rsquo;autres. Contrairement \u00e0 ce qui se passait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque missionnaire, \u00e9poque qui s&rsquo;inscrit dans une politique d&rsquo;assimilation, on observe une plus grande gesto- corpor\u00e9it\u00e9 (frapper des mains, lever les bras, balancer le corps, danser) surtout lorsque la louange est en langue cr\u00e9ole ou que les chants proviennent d&rsquo;un r\u00e9pertoire local.<br \/>\n &nbsp;<\/p>\n<p><strong>Une musique qui d\u00e9borde des cercles cr\u00e9olophones<\/strong><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><em>S&rsquo;il fallait citer trois personnalit\u00e9s motrices du d\u00e9veloppement de la musique cr\u00e9ole protestante, qui citeriez-vous, et pourquoi ?<\/em><\/p>\n<p>Je citerais d&rsquo;abord un groupe des ann\u00e9es 70-80, <strong>Les Pacifistes<\/strong>, compos\u00e9 d&rsquo;Antillais de la diaspora de France. Il appara\u00eet comme un des pionniers de la musique religieuse antillaise. Leurs chants, tant au niveau du choix de la langue (fran\u00e7ais et cr\u00e9ole) ou des rythmes plus caribb\u00e9ens, offrent pour la premi\u00e8re fois une perspective vers une musique religieuse d&rsquo;expression cr\u00e9ole. A cette \u00e9poque (70-80), m\u00eame les plus grands artistes du showbiz antillais tels que David Martial ou Exp\u00e9rience 7 (dans ses d\u00e9buts) ne chantent qu&rsquo;en fran\u00e7ais, probablement par crainte de se priver d&rsquo;une audience non cr\u00e9olophone.<\/p>\n<p>Ensuite, <strong>Xavier Foster<\/strong>, un chanteur-compositeur originaire de la Dominique, qui r\u00e9side en Martinique. Il est une figure incontournable de la sc\u00e8ne musicale \u00e9vang\u00e9lique des Antilles. Sa production discographique est impressionnante et largement diffus\u00e9e dans les m\u00e9dias sociaux, sur les ondes radiophoniques, et lors des concerts aux Antilles ou Outre-Atlantique. C&rsquo;est un leader dans la musique Gospel caribb\u00e9enne. \u00c0 travers des rythmes antillais populaires, il a su r\u00e9concilier le c\u00f4t\u00e9 festif de la culture musicale cr\u00e9ole avec le chant religieux. La popularit\u00e9 de ce chanteur se v\u00e9rifie dans l&rsquo;int\u00e9gration de ses chants dans le r\u00e9pertoire hymnologique de nombreuses \u00c9glises antillaises (dans les Cara\u00efbes, en France m\u00e9tropolitaine, et m\u00eame au Qu\u00e9bec).<\/p>\n<p>Pour le choix (difficile) du dernier nom, je dirais <strong>Bertrand Maricel<\/strong> (Guadeloupe), pour rendre honneur \u00e0 une d\u00e9marche artistique qui utilise la musique, le th\u00e9\u00e2tre, la po\u00e9sie et la danse comme outils d&rsquo;expression liturgique : un projet innovant qui se construit dans l&rsquo;entre-deux, entre tradition et modernit\u00e9, entre Cara\u00efbe et Europe. A la fin des ann\u00e9es 80, B. Maricel constitue un groupe qu&rsquo;il nomme Nature. Son objectif : se r\u00e9approprier le patrimoine culturel pour enraciner le chant d&rsquo;\u00c9glise dans le fonds afro-europ\u00e9en-caribb\u00e9en tout en pr\u00e9servant l&rsquo;orientation doxologique (culte) et missionnaire (\u00e9vang\u00e9lisation). Cette p\u00e9n\u00e9tration de pratiques vocales et musicales \u00e0 base de tambour et autres instruments traditionnels dans l&rsquo;espace cultuel est un signe de progr\u00e8s et d&rsquo;ouverture, mais aussi de rupture d\u00e9cisive avec le patrimoine traditionnel protestant \u00e9vang\u00e9lique, sur fond de relecture critique des h\u00e9ritages coloniaux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une sp\u00e9cialiste de la question &#8211; Ruth Labeth &#8211; qui nous parle des mutations de la musique protestante \u00e9vang\u00e9lique cr\u00e9ole. 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