{"id":168,"date":"2015-01-05T08:35:45","date_gmt":"2015-01-05T08:35:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=168"},"modified":"2015-08-03T10:29:38","modified_gmt":"2015-08-03T10:29:38","slug":"le-gospel-en-france-jusquaux-happy-seventies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=168","title":{"rendered":"Le Gospel en France jusqu&rsquo;aux Happy Seventies"},"content":{"rendered":"<p>Comment est-on arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion actuelle du march\u00e9 Gospel francilien ? Un retour par l&rsquo;histoire inscrit cette production musicale, ancr\u00e9e dans le protestantisme, dans un contexte marqu\u00e9 par la contre-culture et les recompositions post-coloniales.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Certaines publicit\u00e9s pour des chorales Gospel jouent toujours aujourd&rsquo;hui sur l&rsquo;illustre r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e9tats-unien. Une affiche, r\u00e9guli\u00e8rement plaquard\u00e9e dans Paris, \u00e9voque ainsi \u00ab\u00a0les chants authentiques de l&rsquo;\u00c9glise afroam\u00e9ricaine\u00a0\u00bb (1). Ces renvois \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence am\u00e9ricaine sont attendus et s&rsquo;expliquent ais\u00e9ment par l&rsquo;histoire. N\u00e9 aux Etats-Unis, et \u00e0 un moindre degr\u00e9 dans les Cara\u00efbes, dans le sillage de la tradition des Negro Spirituals compos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;esclavage et de l&rsquo;\u00e9conomie de plantation, le genre Gospel s&rsquo;est autonomis\u00e9 d&rsquo;abord dans le Sud des Etats-Unis. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il s&rsquo;est impos\u00e9 avec le jazz, le blues, la country comme \u00ab\u00a0le quatri\u00e8me grand genre de musique populaire\u00a0\u00bb(2) . Il est longtemps rest\u00e9, pour les Fran\u00e7ais et les Parisiens, un genre exotique, nord-am\u00e9ricain, connot\u00e9 par l&rsquo;h\u00e9ritage de l&rsquo;esclavage atlantique et de l&rsquo;\u00e9mancipation conquise au fil du XIXe si\u00e8cle. \u00ab\u00a0Let my people go !\u00a0\u00bb<br \/>\n<strong><br \/>\nGolden Gate Quartet et Mahalia Jackson<\/strong><\/p>\n<p>De rares prestations musicales sont n\u00e9anmoins propos\u00e9es au public parisien d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, dans les ann\u00e9es 1870, apr\u00e8s la guerre de S\u00e9cession : c&rsquo;est ainsi que se produisent \u00e0 Paris les Fisk Jubilee Singers. Mais c&rsquo;est surtout apr\u00e8s la Seconde Guerre Mondiale que le genre commence \u00e0 se r\u00e9pendre. Les concerts m\u00e9morables de Mahalia Jackson et de Sister Rosetta Tharpe \u00e0 Paris, commencent \u00e0 populariser un genre toujours per\u00e7u comme \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;installation du Golden Gate Quartet \u00e0 Paris \u00e0 partir de 1959, ni celle du fameux John Littleton, qui changeront la donne. En d\u00e9pit de la cr\u00e9ation, d\u00e8s 1947, du premier groupe Gospel francilien (et fran\u00e7ais), \u00ab\u00a0Les compagnons du Jourdain\u00a0\u00bb, la musique Gospel reste un genre identifi\u00e9 aux noirs am\u00e9ricains, \u00e0 une forme de contre-culture chr\u00e9tienne \u00e0 contenu \u00e9mancipateur. Une musique appr\u00e9ci\u00e9e d&rsquo;un public averti, tel celui du festival de jazz de Juan-les-pins \u00e0 Antibes, en 1968, qui r\u00e9serve un triomphe \u00e0 l&rsquo;amie de Martin Luther King qu&rsquo;est Mahalia Jackson, venue chanter jusqu&rsquo;au bout de la nuit.<\/p>\n<p><strong>Impact de l&rsquo;immigration post-coloniale<\/strong><\/p>\n<p>Les recompositions post-coloniales marquent un virage. Elles d\u00e9coulent de l&rsquo;ind\u00e9pendance des Etats africains anciennement rattach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;AOF (Afrique Occidentale Fran\u00e7aise) et \u00e0 l&rsquo;AEF (Afrique Equatoriale Fran\u00e7aise). Un nouveau mode de relation Afrique-Europe se met peu \u00e0 peu en place. Confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;essor d\u00e9mographique et au mal-d\u00e9veloppement, les nouveaux Etats ind\u00e9pendants d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest vont nourrir, \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1970, des flux d&rsquo;\u00e9migration croissants vers l&rsquo;Europe et la France. De moins de 20.000 an d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, les migrants subsaharien sont environ 700.000 en France cinquante ans plus tard (chiffres INSEE). Et parmi eux, beaucoup de chr\u00e9tiens, catholiques et&#8230; de protestants d\u00e9j\u00e0 francophones.<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e de nombreux Fran\u00e7ais antillais en m\u00e9tropole, dans les ann\u00e9es 1970, constitue un autre facteur d&rsquo;\u00e9volution. Ces populations francophones et chr\u00e9tiennes, souvent plus pratiquantes que les m\u00e9tropolitains, apportent avec elles une richesse et cr\u00e9ativit\u00e9 musicale dont la France m\u00e9tropolitaine, et particuli\u00e8rement l&rsquo;\u00eele-de-France, vont s&rsquo;inspirer. Jusqu&rsquo;aux Happy Seventies, la musique Gospel reste per\u00e7ue, en France, comme un genre exclusivement nord-am\u00e9ricain : avec l&rsquo;arriv\u00e9e des ann\u00e9es 1980, une nouvelle page va s&rsquo;ouvrir sous l&rsquo;effet de la cr\u00e9ativit\u00e9 apport\u00e9e par ces nouveaux protestants venu des \u00ab\u00a0territoires circulatoires\u00a0\u00bb francophones.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1) Cette publicit\u00e9 est utilis\u00e9e depuis les ann\u00e9es par la chorale Gospel Dream, qui se produit \u00e0 Paris depuis 1989.<\/p>\n<p>(2) James R. Goff, Jr, Close Harmony, A History of Southern Gospel, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2002, p.4.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment est-on arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion actuelle du march\u00e9 Gospel francilien ? 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