{"id":1077,"date":"2023-09-01T21:23:00","date_gmt":"2023-09-01T21:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=1077"},"modified":"2023-10-13T21:25:53","modified_gmt":"2023-10-13T21:25:53","slug":"decouvrir-lhistoire-de-la-mission-timothee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fil-info-francophonie.com\/?p=1077","title":{"rendered":"D\u00e9couvrir l\u2019histoire de la Mission Timoth\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans le kal\u00e9idoscope protestant francophone, la Mission Timoth\u00e9e compte aujourd\u2019hui une trentaine de communaut\u00e9s, en France, mais aussi en Suisse, \u00e0 Madagascar, en Belgique ou en Guin\u00e9e Conakry. Qui sont ces chr\u00e9tiens ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour en savoir plus sur l\u2019origine du mouvement, un livre \u00e0 lire : St\u00e9phane Zehr, <strong><em>Histoire de la Mission Timoth\u00e9e, Les jours des petits commencements (1972-1986)<\/em><\/strong>, Al\u00e8s, Calvin \u00e9ditions, 2023 (326p).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Mission Timoth\u00e9e est aujourd\u2019hui famili\u00e8re \u00e0 beaucoup de protestants francophones.<\/strong> Elle renvoie tant\u00f4t \u00e0 de beaux chants, port\u00e9e par une hymnologie et des chorales tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9es, tant\u00f4t au fier r\u00e9seau des librairies Jean Calvin, tant\u00f4t enfin aux <strong>stands et animations propos\u00e9s, chaque ann\u00e9e, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e du D\u00e9sert, au Mas Soubeyran<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nul doute que le superbe livre que St\u00e9phane Zehr lui a consacr\u00e9 en 2023 va renforcer cette familiarit\u00e9, et l\u2019ancrer dans une mise en perspective historique de bon aloi. Le premier volet de cette <em>Histoire de la Mission Timoth\u00e9e<\/em> (de 1972 \u00e0 1986) est d\u00e9sormais une r\u00e9f\u00e9rence incontournable. Tr\u00e8s \u00e9logieux, l\u2019historien et pr\u00e9facier Pierre-Yves Kirschleger souligne que l\u2019auteur a \u00ab\u00a0relev\u00e9 et r\u00e9ussi le d\u00e9fi de mani\u00e8re remarquable\u00a0\u00bb (p.9). Que St\u00e9phane Zehr soit remerci\u00e9 en effet pour cette synth\u00e8se claire, passionnante et tr\u00e8s bien inform\u00e9e, r\u00e9dig\u00e9e d\u2019une \u00e9criture limpide, nourrie d\u2019une grande culture historique. Le volume est \u00e9galement agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019abondantes illustrations qui nous invitent, page apr\u00e8s page, \u00e0 un v\u00e9ritable voyage visuel dans le temps, d\u00e9couvrant visages, r\u00e9unions, lieux embl\u00e9matiques, cantiques, courriers et affiches.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/regardsprotestants.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Histoire-mission-TimotheeZehr.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les d\u00e9buts de l\u2019Entreprise Timoth\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une introduction qui manifeste le souci de sortir la Mission Timoth\u00e9e de l\u2019invisibilit\u00e9 historiographique (p. 15 \u00e0 23), <strong>une premi\u00e8re partie se focalise sur \u00ab&nbsp;le milieu Kr\u00e9mer<\/strong>, 1922-1972&nbsp;\u00bb (p.25 \u00e0 100). L\u2019occasion de faire la connaissance d\u2019un p\u00e8re fondateur, Emile Kr\u00e9mer (1895-1990), issu du milieu mennonite de Moselle, qu\u2019il quitte pour fonder un mouvement chr\u00e9tien pi\u00e9tiste plus rigoriste, ax\u00e9s sur l\u2019\u00e9tiologie du mal&nbsp;(p.53-54). C\u2019est notamment par la confession des \u00ab&nbsp;p\u00e9ch\u00e9s des anc\u00eatres&nbsp;\u00bb (jusqu\u2019\u00e0 la 3<sup>e<\/sup> et 4<sup>e<\/sup> g\u00e9n\u00e9ration) que les \u00ab&nbsp;blocages spirituels&nbsp;\u00bb sont appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. Charismatique \u00e0 sa mani\u00e8re, convainquant et \u00e9nergique, Emile Kr\u00e9mer est peu \u00e0 peu rejoint par divers cercles, qui constituent un premier r\u00e9seau, porteur de la Mission Foi \u00c9vangile (1960-72), ax\u00e9e sur l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du centre de la France.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La seconde partie du livre nous d\u00e9crit ensuite \u00ab&nbsp;une longue ann\u00e9e 1972&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp; (p.101 \u00e0 166). &nbsp;C\u2019est l\u2019occasion de rencontrer et d\u00e9couvrir une seconde figure fondatrice, celle de Bertin Issarte (1926-1985), \u00ab&nbsp;homme-message&nbsp;\u00bb, dont l\u2019influence sur le mouvement naissant s\u2019affirme \u00e0 partir de 1956. Un milieu chr\u00e9tien sp\u00e9cifique se consolide alors, sur une base pi\u00e9tiste stricte, marqu\u00e9e par l\u2019importance de l\u2019orthopraxie valid\u00e9e via le contr\u00f4le social des responsables. Non sans proximit\u00e9s avec le darbysme (ou m\u00eame le premier m\u00e9thodisme), le mouvement s\u2019inscrit dans un r\u00e9gime d\u2019intensit\u00e9 du Croire qui le conduit \u00e0 se distinguer des autres chr\u00e9tiens, ais\u00e9ment jug\u00e9s pour leur ti\u00e9deur ou leur mondanit\u00e9 (1). Soulevant l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un \u00ab&nbsp;R\u00e9veil&nbsp;\u00bb \u00e0 la nouvelle Facult\u00e9 \u00c9vang\u00e9lique de Vaux-sur-Seine, entre 1969-72, St\u00e9phane Zehr montre bien, dans des d\u00e9veloppements captivants (p.118 \u00e0 137), comment l\u2019entreprise tourne court. En fin de compte, les \u00e9tudiants de la FLTE de Vaux rattach\u00e9s ce qui va devenir \u00ab&nbsp;l\u2019Entreprise Timoth\u00e9e&nbsp;\u00bb (1972) sont exclus par le doyen d\u2019alors, John Winston.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie se consacre \u00e0 la mise en place et \u00e0 l\u2019essor de \u00ab&nbsp;l\u2019Entreprise Timoth\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/strong> (p.167-282), \u00e0 partir de son fief d\u2019Anduze (C\u00e9vennes). St\u00e9phane Zehr n\u2019a pas son pareil pour exploiter au mieux les sources, notamment en mati\u00e8re de chant et d\u2019hymnologie, ou de parcours de vie. Dans un milieu tr\u00e8s masculiniste, les hommes ont la part belle, mais l\u2019auteur a pris grand soin d\u2019int\u00e9grer des t\u00e9moignages f\u00e9minins fort \u00e9clairants. Il met \u00e9galement en perspective les diff\u00e9rents axes d\u2019expansion de l\u2019Entreprise Timoth\u00e9e (devenue Mission Timoth\u00e9e en 1986), qui trouvent une part de leur explication dans la tension entre deux offres un peu diff\u00e9rentes (p.174)&nbsp;: celle de Jean-Jacques Rothgerber, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, qui pr\u00f4ne une \u00e9vang\u00e9lisation tous azimuts, et Daniel Issarte d\u2019autre part, qui privil\u00e9gie le renforcement communautaire autour de la cure d\u2019\u00e2me.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019impressionnant travail r\u00e9alis\u00e9 par le foyer Mahana\u00efm <\/strong>qui accueille, depuis 1974, des marginaux et jeunes en difficult\u00e9, est \u00e9galement document\u00e9 minutieusement. St\u00e9phane Zehr a ainsi d\u00e9pouill\u00e9 les 1512 fiches qui couvrent les ann\u00e9es 1974-86. Pas moins de 2300 personnes (estimation basse) seraient pass\u00e9es par les portes de cette structure d\u2019accueil (p.219). On comprend, dans ces pages, la force d\u2019attractivit\u00e9 du mouvement. M\u00eame s\u2019il se focalise surtout sur une forme de r\u00e9veil intraprotestant \u2013 \u00e0 l\u2019image des darbystes et des m\u00e9thodistes au XIXe si\u00e8cle, et \u00e0 l\u2019inverse des baptistes ou des pentec\u00f4tistes -, l\u2019Entreprise Timoth\u00e9e parvient \u00e0 toucher aussi des personnes d\u2019autres horizons. Les cercles s\u2019\u00e9largissent, les conversions s\u2019ajoutent, les implantations se multiplient.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ouverture et routinisation<\/h3>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ouvrage vaut aussi par ses silences. <\/strong>Bien peu nous est dit sur le contr\u00f4le social exerc\u00e9 dans cet \u00e9vang\u00e9lisme pi\u00e9tiste rigoriste, en d\u00e9pit de pages bienvenues sur les questions de sexualit\u00e9 et de tenue vestimentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les particularit\u00e9s tr\u00e8s intrusives de la cure d\u2019\u00e2me propos\u00e9e dans ce milieu chr\u00e9tien, ainsi que les spirales de culpabilisation induites par la recherche des \u00ab&nbsp;p\u00e9ch\u00e9s des anc\u00eatres&nbsp;\u00bb, sont peu, ou pas \u00e9voqu\u00e9es. Les questions pos\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un cadre hi\u00e9rarchique assez fondamentaliste, exclusivement masculin, volontiers focalis\u00e9 sur le rejet de la \u00ab&nbsp;souillure&nbsp;\u00bb, ne sont qu\u2019effleur\u00e9es. Des t\u00e9moignages oraux, notamment dans l\u2019\u00c9glise baptiste de Nancy, durablement meurtrie par l\u2019impact de l\u2019offre de l\u2019Entreprise Timoth\u00e9e sur ses membres, auraient pu \u00eatre glan\u00e9s, en compl\u00e9ment des sources <em>pro domo<\/em> d\u00e9taill\u00e9es aux pages 257 \u00e0 260.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien des \u00e9l\u00e9ments auraient pu inviter \u00e0 <strong>penser la question des d\u00e9rives sectaires<\/strong>, non pas seulement sous l\u2019angle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 globale jug\u00e9e implicitement intol\u00e9rante, mais aussi \u00e0 partir des effets sociaux subis par celles et ceux qui, au contact du mouvement Timoth\u00e9e, ont parfois exprim\u00e9 d\u00e9ception, souffrance et rejet. La critique historienne, ici, fait un peu d\u00e9faut dans l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 l\u2019inverse du Centre Missionnaire de Carhaix (Centre-Bretagne), autre entreprise pi\u00e9tiste et dirigiste \u00e0 fort contr\u00f4le social qui a fini par s\u2019autod\u00e9truire, entre repli, d\u00e9ni et d\u00e9rives de la cure d\u2019\u00e2me (2), le Mouvement Timoth\u00e9e a plut\u00f4t suivi la trajectoire inverse. Au vu de son sillage pass\u00e9, le livre <em>Du ghetto au r\u00e9seau <\/em>(2005), pointait encore son rigorisme maximaliste. Depuis, il s\u2019est graduellement ouvert. Fort aujourd\u2019hui d\u2019une trentaine d\u2019\u00c9glises locales, il a su, en partie, se r\u00e9inventer, non sans jouer cr\u00e2nement la carte du patrimoine protestant, sur fond d\u2019une critique persistante des \u00ab&nbsp;\u00e9volutions th\u00e9ologiques, cultuelles et culturelles du n\u00e9o-\u00e9vang\u00e9lisme&nbsp;\u00bb (p.286).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Le bel ouvrage que St\u00e9phane Zehr a consacr\u00e9 aux d\u00e9buts de cette \u0153uvre s\u2019inscrit dans cette ouverture\u2026 en attendant que s\u2019\u00e9crive la suite de l\u2019histoire, de 1986 aux ann\u00e9es 2020&nbsp;!<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019heure, cet ouvrage bienvenu comble un grand vide. G\u00e9n\u00e9reuses en sources et en explications, avec une attention louable au contexte culturel et social, ces pages enrichissent notre compr\u00e9hension, non seulement de la \u00ab&nbsp;nouvelle France protestante&nbsp;\u00bb&nbsp;, mais aussi du kal\u00e9idoscope chr\u00e9tien francophone.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>(1) Alice Wemyss, <em>Histoire du R\u00e9veil, 1790-1849<\/em>, Les Bergers et les mages, 1977.<\/p>\n\n\n\n<p>(2) Le Centre Missionnaire de Carhaix a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par le pasteur Yvon Charles en 1966. Il implose en 2022-23 au terme d\u2019une longue d\u00e9rive interne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le kal\u00e9idoscope protestant francophone, la Mission Timoth\u00e9e compte aujourd\u2019hui une trentaine de communaut\u00e9s, en France, mais aussi en Suisse, \u00e0 Madagascar, en Belgique ou en Guin\u00e9e Conakry. Qui sont ces chr\u00e9tiens ? 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